L'Echo des Françaises

L'Echo des Françaises, LFACF, juin 1947, Paris, Archives de l'Action catholique des femmes, © Action catholique des femmes.

Paradoxalement, c'est d'abord comme associations chargées de l'œuvre électorale que la Ligue des femmes françaises, puis la Ligue patriotique des Françaises sont fondées. Mais tout en refusant le suffrage féminin, les dirigeantes participent aux élections comme propagandistes et quêteuses électorales. La Ligue finance ainsi l'Action libérale populaire, plus rarement l'Action française et un candidat blanquiste à Paris en 1902 ! Invitées par le pape à se tenir loin des urnes, elles se font partisanes du suffrage quand Benoît XV s'y rallie.

Proche de la Fédération nationale catholique, la LPDF prépare ses adhérentes à l'éventualité du vote : il faudra s'en servir comme d'une arme pour promouvoir la famille et défendre la religion.

Au sortir de la guerre, en 1946, les articles de L'Echo invitent les électrices à accomplir leur devoir électoral en faveur de candidats catholiques : ainsi s'explique peut-être l'importance du vote féminin pour la formation démocrate chrétienne. La LFACF compte alors plus de deux millions d'adhérentes. Régulièrement, des articles enjoignent les catholiques à s'investir dans la vie politique au nom même de leur expérience maternelle, consubstantielle de la féminité pour l'Eglise catholique. L'Action catholique générale féminine qui naît en 1954, abandonne une partie de l'action sociale mais conserve cette promotion de l'engagement civil et politique.

Lors des années 1990, l'ACGF est à l'initiative de l'Association "Elles aussi," promotrice de la parité.

Le devoir électoral

Jusqu'en 1914, les tracts édités à l'occasion des élections fournissent aux militantes des arguments pour convaincre les femmes d'user de tous les moyens en leur possession pour orienter le vote des hommes de leur entourage. Maniant les stéréotypes de genre sur l'influence de la femme, la baronne Reille, conférencière puis présidente de la Ligue, demande aux épouses d'user de leur influence pour bien faire voter les maris. Dans les rapports de la Sûreté Générale, c'est aussi la méthode que Lysistrata recommande aux femmes pour faire céder les hommes de la cité qui semble utilisée par les conférencières : comme dans la pièce antique d'Aristophane, les femmes sont invitées à s'abstenir de toute relation sexuelle avec leur mari tant que ceux-ci ne voteront pas pour les candidats catholiques. Témoignage de la misogynie des fonctionnaires de police ou souci de préserver la moralité des militantes, cette stratégie n'est jamais mentionnée dans les archives catholiques.

En revanche, le « nettoyage » des listes électorales par des sections chargées de vérifier que les électeurs catholiques sont bien inscrits et que les francs-maçons, socialistes etc sont rayés des listes électorales sont attestées jusqu’en 1914.