La Française (lancement)

La Française (lancement), Alice Kaub-Casalonga, 1906, affiche, Paris, BMD, © BMD. 

En 1926, Cécile Brunschvicg reprend la direction du journal La Française, soutien de la cause féministe, lancé en 1906 par Jane Misme. Elle ne souhaite pas en faire un organe de l'UFSF mais lui conserver une certaine indépendance pour en faire le serviteur de toute la cause féministe. Ce pari est assez difficile puisque? presque seule, elle en assure la direction, y écrit elle-même beaucoup d'articles et s'appuie sur son réseau de connaissances en France et à l'étranger pour alimenter la publication.

Conformément au rôle éducatif qu'elle assigne au féminisme, elle fait de La Française un organe très sérieux qui veut préparer les femmes à la vie publique, les informer des avancées féministes et des grands problèmes du monde, former une nouvelle génération de politiciennes, sachant s'élever au dessus des barrières des partis, et pragmatiques.

De fait, il lui est parfois reproché un ton trop consensuel et un relatif silence sur des questions politiques importantes, qu'elle écarte car elles pourraient diviser ses lectrices.

Mais surtout, en faisant appel à des rédactrices bénévoles, son but est aussi d'inciter les femmes à se penser différemment et à dépasser le tabou qui pèse sur la parole publique féminine. Le féminisme de Cécile Brunschvicg est aussi porteur d'une nouvelle identité féminine.

Le journal survit jusqu'en 1946, après une interruption pendant la guerre mais sans avoir trouvé une audience aussi large que la presse féminine de l'époque.

La femme nouvelle

Les principes théoriques, la conscience de genre qui sous tendent l’action féministe sont pour Cécile Brunschvicg secondaires par rapport aux nécessités pratiques que requiert la propagande. Néanmoins, le mouvement féministe est intrinsèquement porteur d’une nouvelle identité féminine et ses revendications égalitaires amènent fatalement Cécile Brunschvicg à se positionner dans tous les débats mettant en cause le rôle des femmes dans la famille et dans la société.

Comme beaucoup de féministes de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres, Cécile Brunschvicg affirme la nécessité d’articuler les revendications égalitaires avec le désir de préserver une certaine spécificité féminine : féminité et maternité restent pour elle les caractéristiques de la femme féministe et elle refuse l’idée d’un service militaire féminin. Elle-même met souvent en avant dans la presse son statut de mère de quatre enfants et de grand-mère pour contrer les reproches faits aux féministes, souvent accusées de menées anti-familiales.

Cécile Brunschvicg avec sa petite fille in Marianne

Cécile Brunschvicg avec sa petite fille, anonyme, in Marianne, date inconnue, Angers, CAF, © CAF.

Cette spécificité féminine, ce sont aussi des qualités propres aux femmes qui leur confèrent une valeur équivalente et complémentaire à celle des hommes, d’autant plus nécessaire à la vie de la Cité. C’est l’égalité dans la différence que revendique Cécile Brunschvicg dans la vie publique mais aussi dans la cellule familiale légitime, où les époux doivent être égaux civilement.

Si elle revendique pourtant la non-mixité des associations féministes, cela n’est pas dans un esprit de séparatisme politique et culturel mais parce qu’elle estime que les femmes ne peuvent apprendre à travailler et conquérir leur indépendance que dans des associations où elles sont les seules responsables.

A l’école, qui doit jouer un rôle fondamental dans le processus d’égalisation des chances et des capacités, elle revendique en revanche la mixité et un enseignement non différencié pour les matières comme l’histoire, la géographie, les mathématiques, la botanique, l’assimilation des programmes et des concours à tous les niveaux. Mais elle ne remet pas pour autant en cause l’existence des cours d’enseignement ménager, qui participe justement de la préservation de cette spécificité féminine mentionnée plus haut.