Visite au Parlement européen de Philippe Douste-Blazy et de Catherine Colonna

Visite au Parlement européen de Philippe Douste-Blazy et de Catherine Colonna, Parlement européen, juin 2005, © Parlement européen. 

Comme François Mitterrand, au cours de ses deux mandats présidentiels, Jacques Chirac nomme trois femmes responsables des Affaires européennes. La difficulté majeure de Noëlle Lenoir (2002-2004) est d'exister aux côtés du ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. En mars 2004, Claudie Haigneré lui succède, mais ne dispose ni  d'espace, ni de temps. Alors qu'on le présente comme le nouveau ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, ex-commissaire européen précise « …et des Affaires européennes ». Le rejet à près de 55 % par les Français du traité constitutionnel ne pouvait qu'entraîner le départ de ce tandem.

Le 2 juin 2005, pour assister le nouveau ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, Catherine Colonna est nommée ministre déléguée aux Affaires européennes. Sa compétence tranche avec une certaine inexpérience du nouveau ministre. Depuis 25 ans, les femmes ont donc toujours été très présentes dans la politique européenne de la France que ce soit à Paris, à Bruxelles ou à Strasbourg. Mais la Convention pour les institutions européennes comme les dernières élections de 2004 montrent que cette situation n'est pas acquise.

Peu de femmes à la Convention européenne

Si les femmes sont bien présentes au Parlement européen et dans les organisations pro-européennes comme par exemple le Mouvement européen, on s'étonne de les retrouver beaucoup moins nombreuses dans d'autres enceintes, où, sans doute, il a davantage de pouvoir… Sept Français font partie des 105 membres titulaires de la Convention chargée de proposer un traité établissant une constitution pour l'Union Européenne (février 2002-juillet 2003). Parmi eux, aucune femme. Il faut chercher du côté des suppléants pour trouver les noms de trois Françaises, et encore, l'une d'entre elles ne représente la France que jusqu'au changement de majorité de 2002 en France (Anne-Marie Idrac) et une autre après cette échéance (Pascale Andréani). Pour sa part, Pervenche Berès demeure suppléante pendant toute la durée de la Convention. La députée européenne élue depuis 1994 avait fait une proposition pour que chaque composante (Parlements, Commission, Etats) désigne ses représentant-e-s à la Convention à parité, elle n'a pas été suivie.

Les Français-es siégeant à la Convention européenne (février 2002 - juillet 2003)

Mandats
Noms
Président de la Convention
Valéry Giscard d'Estaing
Membre représentant la Commission,
membre du Praesidium
Michel Barnier
Membres
représentant
la France

Tit.
: Pierre Moscovici
Sup. : Pierre Vimont
Puis à partir de nov. 2002 :
Tit. : Dominique de Villepin
Sup. : Pascale Andréani

Membres représentant
le Parlement français

Assemblée Nationale :
Tit. : Alain Barrau
Sup.: Anne-Marie Idrac
Puis à partir de juil. 2002 :
Tit. : Pierre Lequiller
Sup. : Jacques Floch

Sénat
Tit. : Hubert Haenel
Sup. : Robert Badinter

Membres représentant
le Parlement européen

Tit.
: Alain Lamassoure
Tit. : Olivier Duhamel
Sup. : Pervenche Berès(de Klaus Hänsch)
Sup. : William Abitbol(de Jens-Peter Bonde)

Les Françaises au Parlement européen depuis 2004

En France, la grande nouveauté des élections européennes du 13 juin 2004 a été l'application d'un nouveau mode de scrutin proportionnel dans huit grandes circonscriptions interrégionales et la réduction à 78 du nombre de sièges à pourvoir. Toute comparaison avec les scrutins précédents doit donc être très prudente.

Sur les 78 élus français on compte 34 femmes, soit 43,5 % ce qui est comparable aux 40 % de femmes élues en 1999. La féminisation de la délégation française semble atteindre un palier difficile à dépasser… pourtant la parité est instituée. Certes les listes doivent être à parité, mais en dehors des deux grands partis (UMP et PS), la situation est plus complexe. Les formations plus petites peuvent très bien faire élire seulement des hommes en les plaçant en tête de liste dans toutes les régions où ils ne peuvent guère espérer plus d'un ou deux élus... Ainsi, les trois élus communistes et les trois élus du MPF (De Villiers) sont tous des hommes.

Au sein du nouveau Parlement intégrant les dix nouveaux pays membres entrés en 2004, les Françaises, dont près des deux tiers sont des sortantes, exercent peu de postes à responsabilité comparativement aux législatures antérieures. Aucune Française ne fait partie du bureau du Parlement en tant que vice-présidente. Contrairement au passé, aujourd'hui, les hommes se disputent pour être vice-présidents, constate Marie-Anne Isler Béguin, élue verte qui a été elle-même vice-présidente au début des années 1990, à une époque où les élus français préféraient les responsabilités moins consensuelles et plus politiques au sein des groupes politiques du Parlement. Au-delà des places et des responsabilités, se joue à Strasbourg l'avenir de "carrières" européennes dans d'autres institutions de l'Union : il apparaît aujourd'hui très difficile pour quelqu'un qui n'a pas été parlementaire européen de pouvoir devenir commissaire européen (source).

Les pouvoirs du Parlement européen allant croissants, il n'est pas sûr qu'à l'avenir les Français - moins nombreux au Parlement - continueront à "laisser" aux Françaises les postes à responsabilité. Si aujourd'hui certaines d'entre elles, Pervenche Berès, Françoise Grossetête, Marielle de Sarnez, jouent des rôles non négligeables, elles semblent surtout capitaliser un engagement au Parlement déjà vieux de dix ans. Pour les autres, moins installées et moins connues à Strasbourg, on peut espérer que ces éléments ne signalent pas la fin d'un certain "âge d'or" des Françaises au Parlement européen.