Les drames des avortements clandestins

« Je suis allongée sur la table de la cuisine. Il m'injecte un liquide soi-disant relaxant, un placebo ? Et là c'est l'horreur. Comment mettre en mots ce qui me racle, me déchire, m'ampute ? Je me mets à hurler. C'est terminé, le curetage. Je me lève, chancelante. Soulagée, épouvantée. »

Témoignage de L. dans Avortées clandestines, de Xavière Gauthier, Paris, Éditions de Mauconduit, 2015, p. 158.

    

« Je me suis allongée sur la table de la cuisine et elle a introduit dans le col de mon utérus un de ces bigoudis de l’époque en métal. »

Témoignage d’Oriane, dans Avortées clandestines, de Xavière Gauthier, Paris, Éditions de Mauconduit, 2015, p. 181.

Extrait d’une brochure du GIS, 1973.

Fig. 1 : Extrait d’une brochure du GIS (1973), 21x23 cm, fonds du GIS (44 AF 33), dépôt au Centre des archives du féminisme.

Étude de cas « La famille J » (1956)

Fig. 2 : Étude de cas « La famille J » (1956), 21x27cm,  fonds Évelyne Sullerot (67 AF), dépôt au Centre des archives du féminisme.

Les avortements clandestins, pratiqués par des « faiseuses d’anges » avec des moyens sommaires et dangereux (Fig. 1), marquent les jeunes médecins qui y sont confrontés. Dans les années 1950, ils sont souvent l'unique et coûteuse solution qui permet aux femmes d'échapper à des grossesses non désirées car la loi de 1920 interdit la vente des moyens contraceptifs. De nombreux couples se trouvent ainsi forcés d’élever leurs nombreux enfants dans des conditions précaires (Fig. 2). Les risques sont immenses et des jeunes médecins comme Pierre Simon ou Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé voient arriver dans leurs services des femmes mutilées, traumatisées ou atteintes de graves infections à la suite d’avortements clandestins. Certaines en meurent (Fig. 3). Dans les hôpitaux, ces femmes sont souvent culpabilisées et brutalisées par les médecins conservateurs (Fig. 4).

Bande dessinée extraite d'un tract du MLAC, Thibert, (vers 1974).

Fig. 3 : Bande dessinée extraite d'un tract du MLAC, Thibert, (vers 1974), fonds du MLAC (10 AF 16), dépôt au Centre des archives du féminisme.

Affiche du MFPF, Guy Georget (1966)

Fig. 5 : Affiche du MFPF, Guy Georget (1966), 76 x 116 cm, fonds du MFPF (60 AF), dépôt au Centre des archives du féminisme.

Une nouvelle génération de médecins

La fin des années 1950 voit émerger une nouvelle génération de médecins issus de milieux progressistes et engagé.es à gauche. Ces jeunes médecins sont informé.es des progrès médicaux accomplis dans d’autres pays (l'accouchement sans douleur en URSS, le contrôle des naissances aux États-Unis), ce qui leur permet de développer une nouvelle conception de la médecine, plus attentive à la prévention. Le 8 mars 1956, l’une d’entre eux, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, gynécologue, fonde l'association Maternité heureuse (Fig. 5 et 6) avec d’autres femmes. Les premier.es médecins qui s'engagent dans la lutte pour la contraception et l'avortement ne le font pas par sensibilité féministe mais au nom d’un engagement social et moral qu'ils perçoivent comme supérieur et nécessaire. Leur savoir médical leur assure une légitimité et un champ d'action relativement inédits.

Couverture du bulletin trimestriel d’information de la Maternité heureuse, n°4, mars 1958,

Fig. 6 : Couverture du bulletin trimestriel d’information de la Maternité heureuse, n°4, mars 1958, 21x13 cm, fonds Évelyne Sullerot (67 AF), Centre des archives du féminisme.