La môme Progrès, Fantasio, n° 469 (p. 7)

La môme Progrès, Fantasio, n° 469 (p. 7), Fabien Fabiano, août 1926, papier imprimé, © collection particulière. 

Après bien des lamentations de fin du monde, la garçonne finit par être acceptée comme le symbole de la « femme moderne ». Masculine, elle continue de choquer. Mais féminine, elle séduit. A la mode, avec des cheveux coupés au carré, un chapeau-cloche et un costume tailleur, elle n'ose pas porter le pantalon, se maquille, porte de volumineux bijoux fantaisie, n'hésite pas à montrer ses jambes, juchée sur des escarpins.

Si la mode de jour frappe l'opinion par son allure « masculine », la mode de nuit exalte au contraire des raffinements « féminins ». Elle dévoile en partie le corps, de préférence bronzé, faisant reculer les frontières de la pudeur. Les féministes n'apprécient pas et voient cette mode comme une incitation au viol (cf. texte de Madeleine Vernet).

Chacune, chacun a de la garçonne sa propre vision. Pour le dessinateur Fabiano, elle ressemble à la « môme Progrès » du « magazine gai » Fantasio. En 1926, elle laisse toujours les hommes, surtout les plus âgés, interloqués. Liberté de mouvement : elle voyage seule. Cigarette, comme les femmes de mauvaise vie… Jupe remontant au dessus du genou. Prédiction folle ? la légende indique que les femmes feront des bébés toutes seules !

La réprobation d’une féministe, Madeleine Vernet

Madeleine Vernet (1878-1949), pédagogue, conférencière, romancière, féministe et pacifiste, fut d'abord une apôtre libertaire de l'amour libre, elle dirigea un orphelinat ouvrier à Epône. Avec le temps, elle évolua vers un pacifisme absolu fondé sur le devoir des mères de protester contre la guerre. En mai 1921, dans son journal mensuel dédié à « la mère inconnue du soldat inconnu », La Mère éducatrice, elle s'en prend aux modes nouvelles, qui exposent, selon elle, les femmes à la concupiscence masculine, et aux violences qui peuvent l'accompagner.

La Mère éducatrice, numéro de mars 1921, p. 71 (consultable à la BMD) :
« Dans le métro. Un soir, entre 7 et 8 heures.
Je suis debout, comme il convient dans le métro. Près de moi, un ouvrier, en costume de travail, est également debout. Ce doit être un menuisier. Sa boîte à outils est par terre à ses pieds.
Je remarque que les yeux de mon voisin sont obstinément braqués du même côté et qu'ils sont étrangement brillants, animés d'une flamme de désir sensuel qui se répercute jusque sur les lèvres de l'homme. Et, instinctivement, je regarde ce qu'il regarde.
En face de nous, une femme est assises. Elle est frisée, poudrée, les lèvres rougies et les yeux soulignés de noir. Très décolleté, sous le manteau ouvert, le corsage laisse voir la naissance des seins.
Les jambes sont croisées au-dessus du genou. La robe est courte, comme il convient puisque nous en sommes à cette heure d'affranchissement de la femme dont la robe courte a donné le signal. Mais vrai, ici, je me demande s'il y a seulement une robe. Les jambes, sous des bas extrêmement fins, couleur chair, donnent l'impression d'être nues, et nues jusqu'au-dessus des genoux.
Cette femme est plus déshabillée que si elle était nue.
Et, à nouveau, je reviens aux yeux de mon voisin. Oh ! ces yeux ! J'y lis la surexcitation des sens portée à son paroxysme. Et je songe que là, dans ce métro, sous nos yeux, cet homme possède cette femme.
Mais la femme descend. Autant qu'il le peut, l'homme la suite des yeux, puis, le visage crispé, se perd dans une contemplation intérieure.
Et je songe : quelle femme, maintenant, va payer pour celle qui vient de passer là ? Laquelle va devenir la proie ?…Oui, en effet, le costume féminin se simplifie, et la jupe courte est un vrai progrès.