Juliette Caron, née en 1882, charpentière, éditée par M. Chaumont, libraire à Montluçon

Juliette Caron, née en 1882, charpentière, éditée par M. Chaumont, libraire à Montluçon, anonyme, 20e siècle, carte postale, © collection de Michel Toulet et Lefebvre.

La masculinisation n'est pas toujours choisie. Le travestissement peut relever de la survie économique. Une masculinisation plus ou moins marquée est perceptible dans certains métiers. Cette charpentière peut arguer de la spécificité de son activité en hauteur pour s'armer d'une solide jupe culotte en velours (vert). Les culottes des pêcheuses d'huîtres protègent leur intimité exposée par la position de travail penchée, le postérieur relevé. Les femmes des classes populaires souffrent pour beaucoup de ne pas pouvoir accéder à la féminité bourgeoise. Ainsi, sortir en cheveux et non en chapeau est quelque chose de masculinisant. Habillement, manières, langage : la différenciation des genres est moins marquée dans le milieu ouvrier. Au XXe siècle, les travailleuses auront à cœur de conquérir leur droit à la « féminité ».

Au début du XXe siècle, les cartes postales témoignent de l'accès des femmes à de nombreuses professions intellectuelles ou manuelles jusque là réservées aux hommes. A chaque fois, deux questions (qui pourraient paraître anecdotiques) retiennent l'attention : le genre du vêtement de travail et le genre du nom du métier (femme-charpentier ? « charpentière » ?, avec de prudents guillemets).

Le pantalon au travail

Au XIXe siècle, les travailleuses en pantalon sont rares. Le spectacle pittoresque qu’elles offrent justifie des cartes postales : les pêcheuses d’huitres de Marennes ont droit à cette curiosité. Mais dans de nombreuses professions, le pantalon serait jugé inconvenant.

L’attitude face au travail féminin change en temps de guerre. La sympathie succède à l’hostilité, le patriotisme justifie des accomodements avec les lois du genre. En 1914-1918, les « munitionnettes » inspirent de nombreux commentaires écrits ou imagés. Comment s’habillent-elles à l’usine ? En robe, découvrent-elles leurs jambes à mi-mollet (femme de droite) ? Ou bien adoptent-elles le pantalon ?

Ici, l’ouvrière au premier plan porte une combinaison pantalon ceinturée sous la poitrine, assortie à un chapeau, avec des bottines montantes à hauts talons. Rougissante, tête penchée, souriante, elle exhibe un obus phallique. Cette munitionnette est sortie de l’imagination polissonne de Xavier Sager (1870-1930) illustrateur prolifique de cartes postales (aujourd’hui appréciées des collectionneurs).

En réalité, les pantalons ne semblent pas avoir été si nombreux dans les usines de guerre. Cette photographie, prise dans une pouponnière en 1917, atteste cependant son existence.