Belle Fatma n° 47, Alger

Belle Fatma n° 47, Alger, J. Geiser, début du 20e siècle, carte postale, Montreuil, Musée de l'histoire vivante, © Musée de l'histoire vivante. 

Loin de la complexité d'un harem sultanien sur-dimensionné, les cartes postales donnent généralement à voir de simples "Algéroises dans leur intérieur". Le plus souvent seules, ces dernières sont toujours figurées dans une position d'attente - debout devant la porte de leur maison (dâr), accoudées contre des balustrades ou des murs ou bien assises sur des sofas, des sièges ou des marches. Leur position toujours statique en fait de singulières et troublantes images de l'animation suspendue.

Représentantes d'une vieille culture urbaine (hadâriya), en voie de déliquescence, dont les traces sont pourtant encore visibles dans la beauté subtile de l'architecture arabo-mauresque de leurs demeures (colonnades en stuc, balustrades en bois ouvragé, mosaïques aux riches couleurs…) et dans le mobilier qui agrémente agréablement leurs appartements - dont les incrustations en nacre et en ivoire rappellent d'ailleurs l'inspiration moyen orientale - ces "Algéroises dans leur intérieur" disent, à travers la richesse et la luxuriance de leurs costumes et de leurs bijoux, l'extraordinaire profusion de leur univers. En même temps, les cartes postales se veulent aussi le témoin du caractère étouffant d'un monde féminin clos sur lui-même.

Biliographie indicative

> Malek Alloula, Leyla Belkaïd, Belles Algériennes de Geiser. Costumes, parures et bijoux, Paris, Marval, 2001.
> Serge Dubuisson, Jean-Charles Humbert, "Jean Geiser, photographe éditeur : Alger, 1848-1923. Chronique d'une famille", Georges Beaugé, Jean-François Clément (dir.), L'Image dans le monde arabe, Paris, CNRS, 1993.

Une maison maure, à Alger, au début du XIXe siècle

Le plan type de la maison mauresque n'a guère changé depuis qu'il a été relevé par Diego de Haëdo au XVIIe siècle. La façade extérieure - blanchie à la chaux - ne possède le plus souvent qu'une ou deux ouvertures étroites, munies de barreaux, disposées sur la partie supérieure des murs à encorbellements. La porte d'entrée - en bois massif incrustée de gros clous à tête de cuivre et sculptée de losanges et de rosaces légères - débouche sur un petit vestibule (squiffa) qui donne accès à la cour intérieure (wust-dâr : le "cœur de la maison"). Un escalier - disposé dans le patio - permet de monter à l'étage où se trouvent généralement les appartements privés de la famille.

Enfin, la maison maure est surmontée d'une terrasse où il n'est pas rare de retrouver les femmes qui travaillent, qui conversent en buvant du thé ou du café où se reposent quand la chaleur devient trop assommante. Très richement décorée quand le propriétaire est aisé, la maison maure est surtout  reconnaissable à ses colonnades en stuc sculptées d'arabesques et à ses mosaïques (zelidges) aux belles couleurs chatoyantes.