Le gardien de but, dans La Vie au grand air, n°831

Le gardien de but, dans La Vie au grand air, n°831, anonyme, décembre 1916, collection Lionel Laget, © Presse Sport. 

La couverture de ce journal sportif rappelle les analogies possibles entre le football et la guerre. "Sentinelle fixe devant les armes" (source), le jeune gardien défend son but, représenté ici par des fusils et le drapeau d'une unité militaire. Le footballeur est un citoyen-soldat, apte à défendre la patrie en danger.

En s'emparant du thème de l'Union sacrée, les milieux footballistiques du continent espéraient cette reconnaissance des pouvoirs publics qui leur faisait encore défaut. La presse sportive mettait en exergue les qualités viriles de ce sport en louant ses vertus physiques et morales. D'abord, elle rendait compte des attitudes héroïques des joueurs et des dirigeants sur les champs de bataille. Sur le front, le football connaissait un certain succès auprès des "poilus" et "tommies", gagnant notamment de nouveaux adeptes parmi les couches rurales des sociétés européennes.

Aussi, la littérature footballistique affirmait-t-elle que la pratique du ballon rond constituait une préparation militaire idéale, autrement dit une initiation à la vie des tranchées. A l'arrière, le football s'adressait donc principalement aux classes d'âge susceptibles d'être mobilisées.

Dans cette perspective, le football a renforcé, pendant la Grande Guerre, son caractère "intrinsèquement masculin".

 Sur le front

Avec la stabilisation du front à partir de novembre 1914, le football se diffusa parmi les combattants qui s'y adonnèrent à leurs rares moments de repos.

Ils étaient aux tranchées la veille et ce matin
Comme ils sont au repos et que c'est un dimanche,
Il a été permis qu'un match, une revanche,
Soit disputée entre eux et les anglais voisins.

L'amour-propre est l'enjeu du match, il est certain
Qu'il faut battre à tout prix nos amis d'outre-Manche,
Un spectateur de marque, au bout d'un fil se penche :
La saucisse ennemie qui regarde au lointain.

Extrait de « Foot-Ball », poème de Francis Salabert, 1916, Archives de la préfecture de Police de Paris, carton 14 DB 323.

Comme en témoigne ce poème, la pratique du ballon rond avait pour objectif de renforcer les liens de camaraderie et de fraternité entre soldats de pays alliés ou issus d'une même unité. L'honneur seul procurait une saine émulation à ce type de rencontres.

Des journaux sportifs, comme L'Auto ou la Gazzetta dello sport, alimentaient les tranchées en lançant des campagnes de souscriptions pour l'achat de ballons. Mais l'usage du sport était pluriel. Le football pouvait aussi offrir à la soldatesque un exutoire aux frustrations physiques et morales et la détourner de la consommation d'alcool.

Enfin, il permettait aux combattants de se distraire et d'échapper, le temps d'une partie, à l'univers de la guerre.

Bibliographie indicative sur le monde des combattants

Rousseau Frédéric, La Guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil, 1999.