Le Groupe femmes marocaines

Le Groupe femmes marocaines, Francine Bajande, 8 mars 1982, © collection particulière. 

Au tournant des années 1980 un contexte politique nouveau et l'engagement de nouvelles actrices favorisent les dynamiques collectives pour les droits des femmes immigrées et l'essor des associations de femmes se réclamant de l'immigration qui cherchent à relier une action sur le terrain à la conquête de la citoyenneté et de droits dans la société française. L'arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981, la réforme de la loi sur les associations le 9 octobre 1981, la circulaire du 11 août 1981 sur la régularisation des immigrés sans papiers, l'arrivée à l'âge adulte de la jeunesse issue de l'immigration, décidée à combattre la violence raciste et à revendiquer l'égalité des droits, ont favorisé ce phénomène. Les femmes participent activement à ces mouvements collectifs où elles trouvent des possibilités d'émancipation, mais doivent aussi s'organiser de manière autonome pour leurs droits. Ainsi le Groupe femmes marocaines manifeste pour un « code de la famille laïque » et  pour la régularisation des femmes sans papiers. Les travailleuses immigrées restent cependant le plus souvent dans l'ombre, l'immigration féminine étant pensée encore avant tout comme une immigration familiale.

Femmes sans papiers

La circulaire du 11 août 1981 rend possible la régularisation des immigrés sans papiers à condition qu’ils disposent d’un contrat de travail, ce qui n’est pas le cas de tous, notamment des femmes qui travaillent dans le secteur informel, à temps partiel ou de façon discontinue.

Celles ci pourtant se mobilisent : lors d’une manifestation en décembre 1981 des femmes de ménage marocaines défilent en criant « avec ou sans contrat, nos papiers on les aura ». Un Collectif de soutien aux femmes sans papiers se constitue en 1982 et tient des permanences pour le droit au séjour des femmes et la régularisation des femmes sans papiers. Il se préoccupe en particulier des femmes travaillant sans contrat, des femmes seules, divorcées, de celles venues hors regroupement familial ou qui seraient expulsées si leur mari l’était. En fin de compte, les femmes forment 16 % des sans papiers régularisés en 1981 et 1982.

Travailleuses immigrées

Les femmes étrangères ont moins souvent un emploi que les hommes. En 1975, où le taux d'activité global des femmes en France est de 30 %, il est de 7,6 % pour les Algériennes, 13,8 % pour les Marocaines, mais 30,8 % pour les Portugaises, 21 % pour les Maliennes. Cependant le taux d’activité des femmes étrangères ne fait que s‘accroire au cours du temps.

Moi la bonne

Moi la bonne, Maria Aorondo, 1975, papier imprimé, Paris, Stock,

Les luttes des femmes immigrées ouvrières ou employées de maison ont laissé peu de traces et peu de personnalités se trouvent sur le devant de la scène. Cela rend d’autant plus précieux un témoignage comme celui de Maria Arondo, Espagnole, qui a immigré en France en 1962 et travaillé comme employée de maison, avant de devenir permanente à la JOCF en 1971. Elle milite aussi au syndicat des employés de maison de la CFDT, alors formé principalement d’Espagnoles. Dans ce livre elle témoigne de son expérience vécue et de ses activités militantes contre l’exploitation des employées de maison.