Si j’ai l’âge de pouvoir être enceinte… nous avons l’âge de savoir l’éviter ! (cote CONT79)

Si j’ai l’âge de pouvoir être enceinte… nous avons l’âge de savoir l’éviter ! (cote CONT79), Planning Familial de la Sarthe, 1981, affiche, 41x61 (cm), Paris, Centre de Documentation du MFPF, © MFPF. 

Les jeunes constituent une population privilégiée du Planning familial même si au départ l'association s'adresse aux couples. En effet, les années 1960-1970 sont un moment où les jeunes issus du baby boom s'initient à une sexualité plus libre.

Cela n'est pas sans poser de problèmes : la possibilité d'informer les mineurs a beaucoup fait débat au sein du MFPF à partir de l'ouverture des centres. Cela supposait de surmonter deux obstacles : la loi (ainsi la loi Neuwirth de 1967 exclut les mineures : la contraception est réservée aux femmes majeures ou mariées) et la morale.

A partir de 1974, pourtant, la loi autorise les centres de planification à délivrer des contraceptifs gratuitement et anonymement aux mineures possédant une ordonnance médicale. Cette affiche l'annonce clairement : il s'agit d'informer les jeunes de leurs droits. Elle s'adresse directement à eux : couleur vive, couple à leur image – relativement égalitaire par le jeu des pieds croisés, la tendresse du rapprochement, l'habillement similaire –, utilisation d'un silhouettage anonyme avec un message simple. L'idée principale est qu'il n'y a pas d'âge pour commencer à prendre des contraceptifs, la maturité sexuelle n'est pas la majorité légale.

Les jeunes se sont autonomisés par rapport à leurs parents, ce qui leur permet une plus grande liberté sexuelle. L'éducation sexuelle joue dans ce processus un rôle important. A la liberté doit être associée la responsabilité. Le MFPF est agréé mouvement d'éducation populaire en 1971.

L’éducation sexuelle des jeunes : une question de morale ?

S'il est entendu que l'éducation sexuelle doit se faire dès le plus jeune âge, la position du MFPF s'avère délicate lorsqu'il s'agit d'informer des mineurs sans autorisation parentale. Ce débat sur la sexualité des jeunes touche toute la société française dans les années 1960 et 1970 : deux conceptions s'opposent.

Faut-il faciliter la vie sexuelle des jeunes ?

« La génération du baby-boom baigna, au temps de sa prime enfance puis de son adolescence dans un environnement sexuellement sous surveillance ». Une loi en vigueur depuis le 16 juillet 1949 a instauré une commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence qui doit notamment les protéger de l'érotisme ambiant. De manière plus générale, tout un courant de pensée conservateur préconise d'exposer les jeunes le plus tard possible à la sexualité. Ainsi, l'un des obstacles moraux majeurs à la mise en place d'une éducation sexuelle dans les établissements scolaires est la peur d'encourager les jeunes à la débauche. « À ce niveau d'âge, l'information sexuelle, isolée dans sa technicité, tourne rapidement à la pornographie », déclare le député Jean Capelle lors des débats pour le création d'un Office national d'information et d'éducation familiale en 1972.

La sexualité conquise. 'Les jeunes et la sexualité' (cote SEX 165)

La sexualité conquise. 'Les jeunes et la sexualité' (cote SEX 165), Planning Familial Confédération Nationale, 1987, affiche, 29,5x42 (cm), Paris, Centre de Documentation du MFPF, © MFPF.

Au contraire, une conception plus libérale part du constat que les jeunes sont de toute façon confrontés à la sexualité de plus en plus jeunes et qu'il vaut mieux les informer pour éviter que l'ignorance ait des conséquences néfastes : maladies vénériennes, avortements… C'est ce qu'exprime Simone de Beauvoir en déclarant que « c'est absurde de penser que la jeunesse sera ''débauchée'' si on met à sa portée légalement des produits anticonceptionnels. Quand les jeunes vivent librement ensemble, c'est poussés par l'amour et les besoins sexuels. Ce ne sont pas les sanctions qui empêchent quoi que ce soit. La peine de mort n'empêche pas qu'il y ait des criminels. »

Faut-il se substituer à l’autorité parentale ?

Une autre question importante est celle du rôle propre de l’Etat ou d’instances indépendantes par rapport à celui des parents en ce qui concerne l’éducation morale. Pour certains l’autorisation des parents est indispensable, pour d’autres la discrétion par rapport à des parents qui refusent parfois la sexualité de leurs enfants est nécessaire.

Finalement, c’est au cours des années 1970 qu’ont lieu les premières avancées en ce qui concerne la libéralisation de la sexualité des jeunes. Après les revendications des années 1968 venues de la rue, le domaine socio-politique s’en saisit. Comme le montre bien Janine Mossuz-Lavau, dès la fin des années 1950, la sexualité devient un objet d’étude, entre dans les assemblées, elle est débattue publiquement. De plus, à l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, il y a une volonté de moderniser la société qui se traduit notamment par l’abaissement de l’âge de la majorité de 21 ans à 18 ans. Enfin la loi du 28 juin 1974 qui autorise les centres de planification à délivrer des contraceptifs gratuitement et anonymement aux mineures possédant une ordonnance médicale, est un tournant fondamental.

C’est une vraie conquête que la prise en compte par le pouvoir politique de la sexualité des jeunes, comme le montre avec humour cette affiche de 1987 qui peut être comprise comme la métaphore du passage de la sexualité du domaine privé au domaine public depuis les années 1960. La conquête de la lune, évoquée par un cosmonaute escaladant une montagne, est en effet assimilée à la conquête de la sexualité, symbolisée elle-même par cette montagne dont l’apparence est en réalité celle du sein d’une femme.