Sexualité, femmes, politique. Même combat ! (cote FEM 134)

Sexualité, femmes, politique. Même combat ! (cote FEM 134), Alain Dubouillon, 20e siècle, (non daté), affiche, 30x40 (cm), Poitiers, Centre de Documentation du MFPF, © MFPF. 

Au cours des années 1970, l'action du Planning Familial se politise. Les militantes féministes ont pris le pouvoir et les revendications changent. Cette affiche du Planning de Villeurbanne illustre les trois champs d'action principaux : la sexualité, dans la continuité des années précédentes ; les femmes et la défense spécifique de leurs droits ; et la politique. Les trois termes sont intimement liés : « le personnel est politique » comme le clament les militantes féministes. Cela signifie qu'il n'est possible d'exclure ni les femmes, ni la sexualité de la vie politique.

Cette affiche dénonce implicitement le rôle limité des femmes dans les partis politiques français. Le dessin humoristique d'Alain Dubouillon, illustrateur pour Le Progrès de Lyon, dénonce la séparation qui est faite d'habitude entre ce qui relève du domaine public et ce qui relève de la vie privée. Par cette Marianne tronquée dont on a jeté le bas du corps à la poubelle, l'auteur symbolise les questions sexuelles longtemps jugées extérieures à la République et écartées des débats parlementaires. Marianne est une allégorie et non une femme de chair et de sang. En lui redonnant un corps, Dubouillon en fait le symbole de toutes les femmes et dénonce l'absence de prise en compte de leur sexualité.

C'est de cette logique de politisation de la sexualité dans les années 1970 avec l'autorisation de la contraception et de l'avortement, et la criminalisation du viol que découle le soutien du MFPF à la gauche à l'élection présidentielle de 1981. Les partis politiques s'emparent du sujet devenu un enjeu électoral. Le Planning Familial engage ainsi les femmes à prendre conscience de leur pouvoir électoral.

Le sexisme en politique

La domination professionnelle et domestique peut aussi être vue sous l’angle politique. À une femme qui dit « Je viens faire de la politique », l’homme (employeur ou responsable de parti) répond « Faites des enfants ! Nous ferons le reste ». Dans ce dessin une confusion – volontaire – semble régner entre espace professionnel et espace privé : les dossiers sont empilés comme des draps, l’homme semble lire un journal chez lui.

L’aspect extérieur de la jeune femme, la tenue de l’homme (jean’s bleu) peuvent laisser penser qu’il ne s’agit pas forcément d’un parti conservateur. Cette affiche dénonce vraisemblablement l’accueil très réservé que reçoivent les féministes qui voulaient prolonger leur engagement associatif sectoriel dans la vie politique dans les années 1970-1980. Les militantes du planning s’adressent, a priori, aux partis non conservateurs. Et pourtant une conception traditionnelle y domine encore !

Je viens faire de la politique ! Faites des enfants, Nous ferons le reste (cote FEM 123)

Je viens faire de la politique ! Faites des enfants, Nous ferons le reste (cote FEM 123), anonyme, 1980, affiche, 21x29,7 (cm), Paris, Centre de Documentation du MFPF, © MFPF.

"La loi c'est vous"

1981 représente un tournant pour certains groupes féministes: c’est la première fois qu’ils appellent explicitement à voter d’une part, et à voter pour la gauche d’autre part, aux élections présidentielles. Le planning familial se prononce également en faveur de François Mitterrand comme il l'avait déjà fait en 1974. Alors que le gouvernement de droite avait refusé un rôle central au MFPF dans l'élaboration et l'application des lois Neuwirth et Veil, l'arrivée de la gauche au pouvoir est perçue comme le moyen de consolider les acquis récents.

Comme l’indique cette affiche, les femmes représentent 52 % des électeurs. En 1974, elles ont voté en majorité pour le candidat de droite. Après avoir longtemps refusé tout partenariat avec les partis politiques, le MFPF s’engage clairement pour faire pencher la balance. Cela est dû au fait que les liens avec le PS se sont renforcés à partir du milieu des années 1970, et des rencontres avec des syndicats ont été organisées. Après l’arrivée de la gauche au pouvoir, le ministère des Droits de la femme d’Yvette Roudy soutient l’action du MFPF et inversement.

Une campagne d’affiches en 1986, au moment des élections législatives, célèbre des lois récentes comme celle qui permet le remboursement de l’IVG en 1982. Elle rappelle cependant le long combat qui en est à l’origine et les menaces de mise en cause brandies par certains « leaders de droite ». En 1988, il s’agit de soutenir à nouveau la candidature de François Mitterrand car deux années de gouvernement de droite (défaite de la gauche aux élections législatives de 1986) ont été synonymes de baisse de financements pour le MFPF.

Mais, derrière l’incitation à la participation électorale, se trouve aussi l’idée plus générale que la loi est le reflet des décisions du peuple dans une démocratie, et que donc voter, c’est influer sur les lois à venir. C’est ce qu’exprime le slogan : « la loi c’est vous ».