Les assassins reviennent toujours sur les lieux du crime

Les assassins reviennent toujours sur les lieux du crime, anonyme, 20e siècle, affiche, Brive-la-Gaillarde, Centre d'études Edmond Michelet, © Centre d'études Edmond Michelet. 

Support de méditations multiples (historiques, romanesques et plus encore politiques), Jeanne d'Arc a servi – depuis le XVe siècle et bien involontairement – de multiples causes comme l'a souligné Régine Pernoud.

Son accaparement, au XXe siècle, par les milieux ultra-nationalistes, ne doit pas faire oublier les correctifs nécessaires que permettent une histoire savante, fondée sur une approche critique des sources et une analyse – approfondie et amusée – des contextes dans lesquels une icône et sa mythologie se (dé)construisent.

Cette historiographie permet de retrouver jusque sur les affiches des temps de guerre, la victime sacrifiée mais salvatrice sculptée en 1928 par Real del Sarte pour la ville de Rouen. Sur fond d'incendies, la propagande pro-allemande y annonce en 1943 le retour des criminels (anglo-saxons) de 1431. Le graphisme dramatique mêle lettres de sang, nuées charbonneuses et lueurs de feu pour une crucifixion métaphorique qui évoque un nouveau martyr national et appelle à la lutte.

De ce détournement, les usages contemporains de Jeanne d'Arc offrent de multiples exemples : défilés du Front National, assemblages de sigles militants et autres savoureux réemplois d'images pour les combats d'aujourd'hui.

Les vers anticléricaux de Voltaire

La Pucelle de Voltaire connut plus de 125 éditions entre 1755 et 1835, mais seulement 13 entre cette date et 1881 car, jusque dans le camp anticlérical, le respect de la figure de Jeanne et le moralisme ambiant l'ont emporté sur les piques dubitatives ou la dérision.

L'épopée romanesque inventée par Voltaire a beaucoup offensé les âmes bien-pensantes, mais cette œuvre mérite d'être relue sans préjugé afin de saisir l'originalité d'un scénario burlesque et ouvertement anti-religieux, qui joue avec les aspects les plus énigmatiques et les plus controversés du destin de Jeanne (cf. Chant XIII).

Son travestissement en homme en est un des fils conducteurs bien qu'il y soit transformé en simple déguisement galant.

Les gravures inspirées de Gravelot qui ornent l’édition de 1783 ajoutent aux charmes de cette joyeuse pochade car « Le juste Ciel aime souvent à rire // Des passions du sublunaire empire ».

« Lesbienne en marche »

« Lesbienne en marche », anonyme, 20e siècle, carte postale, 10,5 x 14,5 (cm), collection particulière, © Centre Evolutif Lilith..

Les combats d’aujourd’hui

Combattre les racismes

Depuis son inauguration en 1874, la statue de Fremiet place des Pyramides à Paris, est la sculpture qui a donné lieu aux (contre)célébrations les plus nombreuses et les plus houleuses.

Ces manifestations, collectives ou individuelles, montrent l'importance d'un contrôle, principalement masculin, d'une figure féminine d'exception. Les tags antiracistes contemporains usent d'ailleurs parfois d'un vocabulaire sexué, emprunté au langage supposé des « jeunes des banlieues » et peuvent être empreints, comme les discours nationalistes, d'une cruelle condescendance à l'égard de l'ensemble des « bonnes femmes » et autres « petites filles ».

Cependant celles-ci se sont aussi mobilisées autour de l'effigie parisienne : des catholiques du début du XXe siècle comme des communistes dans les années 1950.

Bibliographie

Christel Sniter, « Pour une géographie sexuée de Paris. Étude des statues de femmes célèbres (de 1870 à nos jours) », in C. Bard dir., Le genre des territoires. Féminin, masculin, neutre, Angers, Presses de l'Université d'Angers, 2004, p. 253-265.

Combattre l'homophobie

Une carte postale non dépourvue d’humour, éditée par le Centre Évolutif Lilith., une association lesbienne marseillaise, montre que Jeanne d’Arc hante aujourd’hui encore nos rêves et nos combats militants et qu’elle reste, loin des réalités de sa vie historique personnelle, encore mobilisable pour des actions en faveur de l’égalité et de la justice.