Tableau vivant pour la Women’s Coronation Procession

Tableau vivant pour la Women’s Coronation Procession, anonyme, juin 1911, photographie noir et blanc, Londres, Museum of London, © Courtesy of the Museum of London. 

La lutte pour le droit de vote des femmes (suffragisme) a pris en Angleterre des formes délibérément spectaculaires avec le mouvement des suffragettes, certes divisé en plusieurs associations mais soucieux de mener des actions unitaires comme lors du défilé de la Women's Coronation en 1911.

Il s'agissait d'y rendre visibles les revendications féministes et d'asseoir leur légitimité par le recours à l'histoire. Substituer donc une image d'exaltation positive à l'image de dérision prévalente dans les médias.
La figure iconique de Jeanne d'Arc et de son page à pied (toutes deux représentées par des jeunes femmes, ravissantes et déterminées) sert à animer d'une note chatoyante le long défilé londonien et à rappeler l'ancienneté du rôle des femmes dans le champ du politique. Redonner donc une généalogie structurante au mouvement suffragiste.

Cependant sa fonction provocatrice ne doit pas être oubliée : car défiler, habillée en chevalier(e) médiévial(e), ce n'est pas se travestir comme pour un bal costumé privé, c'est revendiquer, en place publique et sur un mode quasi sacrificiel, une liberté réelle pour des femmes réelles.

Jeanne d’Arc et l’alcoolisme

« A Jeanne d’Arc.

O Jeanne, quand, humble paysanne, tu gardais ton troupeau, seule, dans le vaste silence des champs, ton âme ardente te faisait vivre en pensée avec ton peuple. Tu te représentais les ravages que la guerre étrangère faisait subir à la France. Tu frémissais d’angoisse en évoquant les soldats blessés ou mourants, les paysans chassés de leurs demeures, le roi – incarnation du peuple – réfugié dans une étroite bande de terre.

Malgré la réalité tragique, tu gardais en ton cœur la certitude de la délivrance. Et voilà qu’un jour, une voix s’élève en toi, au milieu du grand silence de la campagne. Elle t’ordonne de quitter ta famille, ton village, et de « bouter hors de France » l’armée ennemie. En dépit de ta jeunesse, de ta qualité de femme, tu te décides à partir ; tu oses dévoiler ton projet, d’abord au sire de Vaucouleurs, puis au roi et à ses capitaines. Partout, on te raille, on te décourage… Mais ta foi, ta volonté inébranlables triomphent de tous les obstacles. A travers mille dangers, mille souffrances, tu parviens au but : la France est sauvée.
Aujourd’hui, nous, femmes du XXe siècle, nous évoquons ta pensée et ta foi agissante ! Comme toi, nous sentons douloureusement le péril que court notre pays, péril aussi grave que la guerre puisque les fléaux dévastateurs fauchent chaque année des milliers et des milliers de victimes. Comme toi, tout en vaquant à nos besognes, souvent très humbles, nous entendons l’appel de la souffrance. Un immense désir de la soulager, « en boutant hors de France » le mal maudit, s’empare de nous. Mais, dès que nous ouvrons la bouche, on nous dit : « restez dans vos demeures ; ne vous mêlez pas à la vie de la Nation, vous y perdriez vos qualités féminines ». Alors, fortes de ton exemple, ô Jeanne, nous répondons : « Notre conscience nous dit que l’heure a sonné pour les femmes de travailler au salut du Pays. Comme toi, nous persévérons et nous triompherons, parce que nous avons foi en notre mission et parce que nous plaçons, au-dessus de toutes considérations personnelles, l’intérêt de la France et de l’humanité. Et un jour, victorieuses, nous pourrons comme toi affirmer que « nos voix ne nous avaient point trompées ».

(J. Perrelet, Secrétaire de la Société anti-alcoolique « Le ruban blanc français », La Française, 10 mai 1930 ; document fourni par Christine Bard que je tiens à remercier).

Carte postale publicitaire de la Women's Social and Political Union

Carte postale publicitaire de la WSPU, anonyme, 1910, carte postale, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Image d’exaltation

Peinte aux couleurs de la WSPU (violet de la dignité, vert de l’espoir et blanc de la pureté), une élégante et flamboyante Jeanne d’Arc, avec épée et étendard, y rendait visible l’idéal de « justice » du mouvement.

Bibliographie

Myriam Boussahba-Bravard, « Vision et visibilité : la rhétorique visuelle des suffragistes et sufragettes britanniques, 1907-1914 », La Revue LISA : Lisa e-journal, vol.1/2003.
Françoise Barret-Ducrocq, Le mouvement féministe anglais d’hier à aujourd’hui, Paris, Ellipses, 2000.