Pierre tombale de Rose Valland (Saint-Etienne de Saint-Geoirs)

Pierre tombale de Rose Valland (Saint-Etienne de Saint-Geoirs), Françoise Flamant, 2000, 10 x 13 (cm), collection particulière, © Françoise Flamant. 

Rose Valland prend sa retraite en 1968, mais poursuit le classement d'une partie des archives liées à son travail. Elle est « bénévole » entre 1968 et 1978, non sans agacer parfois son autorité de tutelle, à cause de sa détermination à poursuivre ses enquêtes.

Discrète sur sa résistance, Rose Valland l'est aussi sur sa vie privée. Il reste ainsi peu de traces de son compagnonnage avec Joyce Heer (1911-1977) qui travaillait comme secrétaire. La proximité affective des deux femmes ne fait aucun doute, même si leur correspondance privée a disparu.

Léon Christophe, un ami proche de Rose Valland, confirme que Rose est très affectée par la mort de son amie en 1977. Elle ne téléphone plus, et c'est lui qui l'appelle pour prendre de ses nouvelles. La préface de la thèse de Joyce, rédigée par son directeur de thèse, sur le philosophe voyageur Pausanias révèle en 1979 le long compagnonnage des deux femmes.

Rose Valland meurt peu après, le 18 septembre 1980, dans un « mouroir » de Ris-Orangis (Essone) d'après un proche. Rose Valland se fait enterrer à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, son village natal, aux côtés de Joyce Heer. Dans la plus grande intimité, une messe est célébrée un mois plus tard.

Joyce Heer

Elle termine une thèse sur l'auteur Pausanias, peu avant de mourir d'un cancer du sein. Rose fait alors inscrire le titre de « docteur » sur la tombe de sa famille à Saint Etienne de Saint Geoirs. Elle commande, à compte d'auteur, l'édition de la thèse de Joyce La personnalité de Pausanias aux éditions des Belles lettres, avec un avant-propos de Fernand Robert, empêchant que Joyce ne sombre complètement dans les oubliettes de l'histoire.

Joyce Heer

Joyce Heer, anonyme, 20e siècle, photographie noir et blanc.

Joyce est rarement venue à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, Rose y revenait une semaine chaque été. Parfois un appel « du Louvre » (en réalité Joyce) mettait fin à son séjour. Jusqu'à la fin de ses jours Rose Valland resta très attachée à son village natal et son « pays ».

Joyce Heer (5 juin 1911-28 août 1977) avait travaillé comme secrétaire interprète pour les Etats-Unis (selon les services diplomatiques américains qui ont soutenu l’exposition de 1997). Pendant la guerre, Joyce aurait été arrêtée et internée par les Allemands. D’après les photographies des collections privées consultées, Rose et Joyce se connaissent après-guerre. Une commune passion pour l’art et l’histoire de l’art les réunit. Lors de sa retraite, Joyce prend des cours de grec et de civilisation hellénique.

Léon Christophe et Rose Valland

L'amitié de Rose Valland pour Léon Christophe est soulignée par la correspondance entre les deux individus. En 1975, Rose Valland répond à Léon Christophe qui lui a écrit une lettre à la suite de l'émission de télévision « Les dossiers de l'écran ». Elle invite son ami Léon Christophe  à déjeuner : « J'aurais voulu vous demander si dans quelques temps, (..) vous ne pourriez pas nous faire le plaisir de revenir déjeuner dans ce quartier ? Est-ce que cela ennuierait votre épouse de se joindre à nous ? » (extrait de la lettre de Rose Valland à Léon Christophe, 10 avril 1975).

Une vidéo amateur donne une interview de Léon Christophe, qui vivait à Brunoy (91). Il est l'un des rares à mentionner Joyce. Il reconnaissait que Rose était peu causante et réservée sur sa vie personnelle et il lui a parlé deux mois avant sa mort.