Mariée habillée par l’atelier Sauzeau

Mariée habillée par l’atelier Sauzeau, anonyme, 1950, photographie noir et blanc, 22,5 x 17 (cm), Doué-la-Fontaine, © Jeannette Guyon.

Cette robe portée par la fille d'un notable douessin peut être considérée comme une des pièces majeures cousues dans l'atelier Sauzeau à la fin des années 40. La prise de vue souligne l'élégance de la robe autant que la prestance naturelle de celle qu'elle habille. La grande sobriété du modèle (ligne épurée, col montant, manches longues), coupé dans un satin de soie ivoire uni, lourd et souple à la fois, est mis en valeur par la richesse d'un voile aérien en tulle brodé et le raffinement discret de la coiffe composée d'un mince diadème orné de perles et deux coques de dentelle encadrant les tempes. Une des témoins apprentie à l'époque, se souvient d'avoir participé dans une excitation fébrile à la confection de cette tenue d'exception qui mobilisa le personnel des semaines durant.

La robe de mariée, requérant toutes les compétences au sein de l'atelier, apparaît comme un chef-d'œuvre collectif, dans lequel les jeunes ouvrières se projettent personnellement, qu'elles tiennent, rite propitiatoire, à introduire un de leurs cheveux dans l'ourlet ou multiplient facétieusement brides et petits boutons de nacre pour rendre problématique le déshabillage de la jeune mariée.

Le mariage en blanc

Le mariage en blanc est une « fausse coutume » récente dont l’histoire  s’inscrit à la confluence de nombreuses pratiques culturelles tant publiques que privées, religieuses que séculières, évoluant en parallèle depuis la fin du XIXe.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle au moins dans les campagnes, pour ses noces la mariée se contentait de revêtir ses plus beaux vêtements et ce n’est que lentement que le blanc, par touches discrètes, commença d’éclaircir des tenues souvent  assez sombres : les habits très colorés des futurs époux bretons ou des mariées provençales restaient des exceptions régionales. Ces vêtements de coupe assez ordinaire mais confectionnés dans des étoffes de bonne qualité, solides et teintes soigneusement, pouvaient être facilement reportés tels quels dans d’autres grandes occasions (mariage, baptême, enterrement) et constituaient parfois la tenue des défunts quand les descendants n’en héritaient pas. Si l’occasion était exceptionnelle, la tenue ne l’était pas.

Tout d’abord en ville dans les milieux bourgeois, puis dans les campagnes, le développement du culte marial et la promotion de la virginité au rang de vertu cardinale à afficher fait progressivement du blanc la couleur nuptiale par excellence. C’est la couleur du lys, fleur emblématique de la Vierge Marie dont la robe sous le manteau bleu est également immaculée. Immaculée désormais doit être aussi la robe de la mariée signalant à tous son état de vierge intouchée. La seule macule tolérée, mais non exposée, sur le linge blanc sera la tache rouge du sang coulant de l’hymen perforé lors de la défloration. Ce blanchiment « contamine » la robe de la première  communiante, mariée en réduction et blanc intégral des gants aux souliers, s’unissant au Christ par l’eucharistie.