Pièce d'un trousseau

Pièce d’un trousseau, anonyme, 1940, broderie, Angers, © Ginette Beunier.

Dans la perspective de leur mise en ménage future, plus ou moins précocement, parfois dès la puberté, les jeunes filles commençaient à constituer un trousseau. C'était là une affaire de femmes et souvent l'argent utilisé pour payer le tissu ou les pièces faites provenait des économies personnelles de la mère de famille et de sa fille, si elle travaillait.

Le trousseau féminin, l'apport des garçons étant de nature différente, se composait presque exclusivement de linge: linge de corps, linge de lit, linge de table. Si le petit linge (chemises, culottes, mouchoirs) s'entretenait sans grande difficulté il n'en allait pas de même pour les pièces plus importantes lavées peu de fois dans l'année et dont il fallait donc disposer en grande quantité. Le linge de corps était brodé par la jeune fille à ses initiales patronymiques et ce trousseau intime pouvait être préparé longtemps à l'avance. Le linge de lit partagé avec le conjoint au quotidien et celui de table exposé dans les grandes occasions, brodé de motifs fleuris et orné de jours, comportait souvent les initiales enlacés du couple et ne pouvait être achevé qu'après que les « futurs » se soient fermement engagés.

Les dessous du trousseau

Au-delà de sa valeur marchande longtemps non négligeable qui en fait un élément, transmissible, du patrimoine à part entière, et de son incontestable intérêt pratique, le trousseau par ses modalités de constitution semble véhiculer tout un ensemble de valeurs morales tant domestiques que personnelles. Il est le gage de la possession par la jeune fille qui le prépare d’un certain nombre de vertus particulièrement recherchées propres à assurer l’équilibre et la pérennité du futur ménage. L’accumulation en quelques années du plus grand nombre de pièces possible (une témoin se souvient avec fierté d’avoir mis de côté suffisamment d’argent pour acheter 56 chemises de jours et culottes assorties) signale au futur conjoint, à la belle-famille et à l’ensemble de la communauté, une louable propension à économiser sur la durée.

Ourler et broder soi-même les nombreuses pièces du trousseau, travail long et minutieux, soulignent les qualités de constance dans l’effort et de patience de la jeune fille, capable de se concentrer des heures durant, les yeux baissés, sur son ouvrage sans se laisser distraire. Une telle maîtrise du corps et de l’esprit permet d’espérer une épouse travailleuse, sérieuse et réservée.

Pièces d’un trousseau

Pièces d’un trousseau, anonyme, 1950, broderie, Doué-la-Fontaine, © Gisèle Guilbaud.

Si la constitution du trousseau, « projection textile » des qualités de la jeune  fille a sa place dans la stratégie matrimoniale, le raffinement de certaines pièces au contact du corps a aussi la sienne dans le jeu de la séduction amoureuse. Certains trousseaux, y compris confectionnés par des jeunes filles issues de milieu modeste, comportent des pièces de lingerie diurnes et nocturnes particulièrement délicates et richement brodées, réservées à la nuit de noce ou au repos dominical.

Dès la fin des années 30, le trousseau, pour différentes raisons, ne revêt plus la même importance, perd beaucoup de sa polysémie. Conséquences des révolutions industrielles enchaînées et de l’essor des échanges, la production de fibres textiles synthétiques ou naturelles (le coton exotique détrône le lin et le chanvre local) augmente en flèche faisant baisser le prix des produits dérivés. Le développement de la confection industrielle multiplie l’offre et de nombreux articles deviennent accessibles. On trouve  désormais dans les grands magasins des trousseaux complets à des prix  abordables.

Après la guerre, l’entretien du linge est considérablement simplifié par la diffusion des premières machines à laver rendant moins nécessaire l’accumulation des plus grandes pièces (draps, nappes) même si par ailleurs le stock de sous-vêtements, plus fréquemment changés tant par goût que par hygiène, loin de s’appauvrir, au contraire, s’enrichit et se diversifie. La contribution féminine aux charges du ménage change également de nature et l’approvisionnement régulier du compte bancaire conjugal par la femme active, supplante en importance et en signification l’apport matrimonial initial.

Durant une période transitoire, correspondant à l’explosion de l’offre en produits électroménagers, le principe même du trousseau survit mais la parure de lit est remplacée par le fer à repasser électrique et la douzaine de torchons par la cocotte minute. Beaucoup de pièces des anciens trousseaux sont alors retaillées ou facilement distribuées.

De nos jours avant même de se mettre en ménage, garçons et filles disposent souvent de l’équipement domestique de base, et la liste de mariage, déposée au nom du couple, propose aux invités de choisir parmi une théorie de biens ou de services facultatifs. La participation financière au voyage de noce est prisée et si du linge de lit est encore souhaité c’est que la housse de couette colorée et les taies d’oreiller assorties (draps de dessus et couverture ont quasiment disparu) sont « griffées » et portent la marque d’une prestigieuse maison de blanc.

Bibliographie

Albert-Llorca Marlène, « Les fils de la vierge. Broderies et dentelles dans l'éducation des jeunes filles », L'Homme, 1995, 133, p. 99-122.
Fine Agnès, « Le trousseau : une culture féminine ? », in Perrot, Michelle (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Marseille, Rivages, 1984, p. 156-188.
Verschoor Olga, Les trousseaux du temps jadis, Paris, Hatier, 1996.