Camille Sauzeau âgée de 54 ans
Camille Sauzeau âgée de 54 ans, anonyme, 1944, photographie noir et blanc, 9,5 x 6 (cm), Angers, © Ginette Beunier.

Née Denis en 1890 à Vihiers, Camille Sauzeau s'établit à Doué à l'occasion de son mariage avec un instituteur, républicain fervent, au début des années 1910. Autodidacte de la couture, ayant la passion du beau vêtement sans pour autant être coquette, elle ouvrit son atelier en 1915 dans la maison familiale. Même si un veuvage précoce (1921) la contraignit à l'autonomie, il semble que de toutes façons elle ne concevait pas de travailler autrement qu'à son compte et rapidement sa réputation grandissant, elle développa son entreprise au point de fournir en permanence du travail à une dizaine d'employées entre 1930 et 1950.

Ses convictions athées affichées (elle se maria civilement, ne fit pas baptiser ses deux enfants) ne la marginalisèrent pas professionnellement et elle se constitua une grosse clientèle féminine aisée, urbaine et rurale, que séduisaient l'élégance de ses créations ainsi que la qualité du travail accompli dans l'atelier par des ouvrières rigoureusement sélectionnées et formées. Elle cessa son activité au début des années 50, alors que périclitait un mode de production vestimentaire original condamné par le développement de la confection industrielle.

Les femmes chefs d’entreprise à Doué dans les années 1930

Le recensement de la population douessine effectué en 1936 précise, entre autres données (date, lieu de naissance, liste détaillée des personnes vivant dans l’habitation) pour chaque habitante sa profession et son statut matrimonial. Les femmes, minoritaires, à la tête d’entreprises artisanales ou commerçantes, généralement d’envergure modeste sont le plus souvent veuves ou célibataires, se déclarent chefs de ménage et patronnes. L’annuaire économique et administratif du Maine-et-Loire de 1932, publication commerciale, mentionne pour la commune de Doué-la-fontaine au moins une chapelière, six modistes, et trois couturières à la direction d’ateliers de confection pour femmes.

La couture est par excellence l’activité professionnelle qui a souvent permis aux femmes, avec des succès inégaux, de développer leur propre entreprise et d’acquérir ainsi, en même temps qu’une certaine autonomie économique, une indéniable visibilité sociale.

Quelques unes, seules ou mariées (leurs conjoints exerçant alors une autre profession) sont à la tête d’hôtels-restaurants, de cafés, gèrent de petits commerces de détail, souvent des épiceries, ou tiennent des salons de coiffure. Une seule dirige, ayant pris avec fermeté la suite d’un époux défunt, une grande entreprise, l’usine électrique de Doué, fournissant du travail à une dizaine d’employés. On note également la présence de deux sages-femmes au début des années 30.