Une du journal hebdomadaire Les Contemporains

Une du journal hebdomadaire Les Contemporains, Alfred Le Petit, vers le 1881, Paris, BMD, © BMD. 

Le 16 mai 1877, la victoire des républicains ouvre la voie à un féminisme actif, marqué par la figure d'Hubertine Auclert (1848-1914). Elle estime que « le droit politique est pour la femme la clé de voûte qui lui donnera tous les autres droits », priorité qui la sépare des pionniers du féminisme français, Léon Richer et Maria Deraismes. Elle démissionne du Congrès international des droits des femmes de 1878, parce que la question suffragiste n'y est pas prise en compte. Isolée jusqu'au début du XXe siècle, Hubertine Auclert peine à convaincre les autres féministes. Le suffragisme est encore une opinion très radicale, qui va de pair, pour elle, avec une violente contestation du Code civil :

« La femme, étant égale de l'homme, ne lui doit pas obéissance ».

Hubertine Auclert tente aussi de convaincre les socialistes. En 1879, au congrès ouvrier de Marseille, elle dénonce l'oppression des femmes avec une verve exceptionnelle qui transporte la salle d'enthousiasme… Succès sans lendemain… La cause n'avance pas du côté prolétarien.

Hubertine Auclert invite les femmes à se faire inscrire sur les listes électorales (en 1881 puis 1885), et préconise la grève de l'impôt. Après plusieurs procès, elle finit par payer les siens. Elle est désormais célèbre.

Le 14 juillet 1881, elle organise une contre-manifestation à l'assaut de la « bastille des femmes », avec une quarantaine de militantes vêtues de noir, sous une bannière voilée de crêpe. La presse ne reste pas indifférente comme le montre cette caricature d'Alfred Le Petit, qui donne à la suffragiste une allure de Don Quichotte moderne.

De 1881 à 1888, elle édite l'hebdomadaire La Citoyenne qui fournira pour longtemps l'essentiel de l'argumentation pour le vote des femmes.  Cette intense activité ne doit pas cacher le travail d'autres groupes féministes, plus modérés. C'est le mouvement, avec cette double facette, l'une radicale, l'autre modérée, qui fait réellement avancer la cause des femmes dans tous les domaines et permet un renouvellement des générations féministes dont bénéficie le début du XXe siècle.