Femmes au masculin

Christine Bard


Différencier

La différenciation des apparences selon le sexe est une loi fondamentale. Depuis l'Antiquité, les autorités politiques et religieuses y veillent. La différenciation vestimentaire – fait culturel - paraît justifiée en nature par les différences anatomiques, exagérées par les scientifiques[1]. Elle résulte d'un conditionnement précoce qui prépare les futurs adultes à leur « destin » de genre.

Au XIXe siècle, la différenciation, justement, s'accentue : le pantalon, vêtement fermé, se généralise pour les hommes[2] dans les années 1820. Ils adoptent un costume simple, commode et austère[3]. Pendant la Révolution, les « sans-culottes »[4] ont initié cette évolution vestimentaire majeur. La jupe ou la robe, vêtement ouvert, s'impose pour les femmes, avec de nouvelles contraintes pour celles qui suivent la mode de la crinoline et surtout du corset[5]. Le vêtement féminin est d'autant plus ouvert qu'il est porté sans dessous, ou avec des culottes ouvertes.

Cette différenciation radicale des apparences est contemporaine du Code civil napoléonien (1804), qui construit la famille patriarcale moderne. La situation des femmes régresse dans tous les domaines de la vie sociale, provoquant une contestation féministe vivace, jusqu'à nos jours. C'est pourquoi la réforme du costume a une dimension profondément politique.
La naturalisation des différences de genre

Pour les scientifiques, la différence sexuelle ne se limite pas aux organes génitaux : tout corps est sexué selon un principe de « différencialisme hiérarchisé » qui commence à prévaloir au XVIIIe siècle. Charge aux anatomistes de montrer ces différences grâce à des astuces de présentation et à l'utilisation de squelettes non représentatifs[6].

Tableau comparatif des deux représentations anatomiques : Homme / Femme




Planche 1, squelette d’homme, dans John Barclay, The Anatomy of the Bones of the Human Body, Mitchell and Knox, Edimburgh, anonyme, 1829, papier imprimé, © collection particulière.

1) le squelette masculin
Haute stature/Grosse tête/Cou normal/Crâne normal/Bassin étroit/Thorax large/Gros os

2) Choix de posture
Montré légèrement de profilOrientation du regard : vers le haut
Jambes symétriques : aptitude au mouvement

3) Décor
Manoir – civilisation

4) Analogie avec l’animal
Cheval : mammifère rapide, puissant, endurant, noble
Montré de face : grossit la tête et le poitrail = puissant

Conclusion
Sexe parfait, sexe fort




Planche 2, squelette de femme, dans John Barclay, The Anatomy of the Bones of the Human Body, Mitchell and Knox, Edimburgh, anonyme, 1829, papier imprimé, © collection particulière.

1) le squelette féminin
Petite stature/Petite tête/Long cou (phrénologie = absence de passion)
Crâne métopique/Bassin large/thorax étroit/Os frêles

2) Choix de posture
Montrée de face/
Orientation du regard : vers le bas/
Jambes symétriques : statique, stabilité, conservatisme

3) Décor
Arbres/nature non domestiquée

4) Analogie avec l’animal
Autruche : oiseau réputé stupide et peureux
Montré de profil : bassin énorme et tête minuscule= fragilité

Conclusion
Sexe imparfait, faible
C'est cette vision qui prévaudra dans les sociétés savantes d'anthropologie en plein essor dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elles diffusent l'idée, défendue par Broca, le fondateur de l'anthropologie française, de l'infériorité intellectuelle des femmes. Gustave Le Bon, fondateur de la psychologie sociale, développera cette conception sexiste (1879).

Les squelettes de Barclay

Cette représentation, largement diffusée et commentée en histoire des sciences[7], est l'œuvre d'un anatomiste écossais, Barclay. Elle rappelle le premier squelette féminin représenté, en 1759, dans le Traité d'ostéologie, dessiné par Marie Thiroux d'Arconville (utilisant un pseudonyme masculin, Jean-J. Sue). Ce squelette de femme est petit, la largeur de son bassin est exagérée. La suture métopique qui semble séparer l'os frontal est une anomalie rare chez la femme (comme chez l'homme d'ailleurs). L'objectif est de montrer un dimorphisme sexuel radical. C'est la fin du modèle de sexe[8] unique, commenté par l'historien Thomas Laqueur.

C'est cette vision hiérarchisée qui s'impose. Le naturaliste Julien-Joseph Virey (1775-1846) en donne une version canonique[9]  dans son Histoire naturelle du genre humain (1800) :

« Les parties supérieures du corps de l'homme, telles que la poitrine, les épaules, et la tête sont fortes et puissantes ; la capacité de son cerveau est considérable, et continent trois ou quatre onces de cervelle en plus, suivant nos expériences, que le crâne de la femme […] Dans la femme, au contraire, la tête, les épaules, la poitrine sont petites, minces, serrées, tandis que le bassin ou les hanches, les fesses, les cuisses, et les autres organes du bas ventre, sont amples et larges ». L'homme est ainsi conçu pour la pensée, la femme pour la reproduction ».

Pour Virey, la femme est naturellement « inférieure » et « impuissante », mais parfaite en tant que « sexe reproducteur ». C'est ainsi que la biologie mêlée à la philosophie et à la morale donne les fondements de l'ordre social[10]. Notons que cette idéologie est très exactement contemporaine de l'interdiction civile de 1800[11] ; la régression sociale s'annonce, pour le « sexe faible ».
Du conditionnement : rêves de fille et de garçon ?

La différenciation des genres résulte d’apprentissages précoces[12]. A la fin du XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau, référence des milieux progressistes[13], s’est illustré en proposant un modèle éducatif fortement différencié, dans L’Emile. Il y expose son projet pour Sophie : « Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles , se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes de tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance » (source[14]). L’influence de Rousseau se fera durablement sentir.



Jeu de garçon, rêve de fillette (n°63), IDEA (édition), 1er quart du 20e siècle, carte postale, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Cette carte postale datant de la guerre de 1914-1918 illustre de manière caricaturale la différence sexuelle à l’âge enfantin. La passivité absolue de la petite fille endormie s’oppose à l’activité (par excellence) qui est celle du combat guerrier : les futurs rôles sociaux sont fermement dessinés, autour d’une complémentarité protecteur/protégée. Le contexte de guerre accentue le caractère impératif de cette distribution des rôles, qui correspond aussi à des enjeux idéologiques et stratégiques. Le conditionnement – le « bourrage de crâne » - s’adresse aux adultes, que cette carte attendrira (nostalgie de l’âge des jeux) et confirmera dans leur conviction qu’il y a bien un destin naturel distinct pour chaque sexe. Il concerne aussi les enfants[15] qui ne sont pas épargnés par la guerre « totale ».
A ces conditionnements précoces correspondent des révoltes tout aussi précoces, telle celle de la féministe Madeleine Pelletier[16] : « Lorsque, dans mon ambition puérile, la tête farcie de récits d'histoire de France, je disais que je voulais être un grand général, ma mère me rabrouait d'un ton sec : 'les femmes ne sont pas militaires, elles ne sont rien du tout, elles se marient, font la cuisine et élèvent leurs enfants' ». Madeleine Pelletier fera mentir sa mère…
« Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »




« Les Proverbes. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », anonyme, 1er quart du 20e siècle, carte postale, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Longtemps, « pantalon féminin » signifia « culotte de dessous »[17]. Ces culottes, jusqu’au début du XXe siècle, sont ouvertes, et cette carte postale témoigne du choc que produit le passage aux culottes fermées. Comme le pantalon masculin, la culotte fermée protège. Plus discrètement, elle marque une étape importante de l’émancipation des femmes. « Mon corps m’appartient » passe par cette modification vestimentaire.

En termes évocateurs, la jeune femme représentée sur cette carte postale grivoise synthétise les avantages protecteurs de la culotte fermée : « On se sent mieux chez soi ! ». Les médecins hygiénistes abondent dans son sens (la culotte ouverte accueille facilement les microbes), les moralistes estiment qu’avant le mariage, la culotte fermée est plus correcte. Adieux, pantalons[18] fendus qui ont obsédé tant de messieurs !
Emoustillé, le soldat lui fait comprendre que nulle femme n’est à l’abri de la convoitise masculine. L’affirmation selon laquelle « Les portes les plus fermées peuvent être fracturées » est menaçante. La fracture évoque la possibilité du viol, sans doute aussi la possibilité d’un dépucelage brutal. Le soldat qui a le dernier mot préfère les portes – les culottes - les femmes – ouvertes. Le dessin renforce le texte, jetant le trouble en confrontant un soldat sur-habillé et casqué, et une femme en déshabillé (jeune naïve, femme de petite vertu, « émancipée » ?). Les regards qui ne se rencontrent pas annoncent un échange inégal : elle lui parle en le regardant dans les yeux, il lui répond les yeux baissés en direction de ses appâts. Il se « rince l’œil » (l’expression est d’époque) sur des « dessous » destinés à être montrés. Le bas baissé suggère que de toutes façons, la « porte » ne tardera pas à s’ouvrir ou à être ouverte[19].
La championne Violette Morris perd son procès en 1930

Violette Morris (1893-1944) entre dans la vie en décevant son père, qui souhaitait un garçon[20]. Il a déjà une fille et n’aura plus d’autre enfant. Peu aimée, la petite fille, archétype du « garçon manqué », investit toute son énergie dans le sport. Elle excelle dans de nombreuses disciplines : natation, haltérophilie, football, motocyclisme, course automobile, cyclisme, lancer de poids et de javelot. Elle apprécie les épreuves mixtes, possibles en cyclo-cross, water-polo et même en boxe. Ses talents l’amènent au plus niveau puisqu’elle bat des records nationaux et mondiaux, notamment en 1921 lors des premières Olympiades féminines.



Violette Morris, Vainqueur du bol d’or, anonyme, 1927, photographie noir et blanc, © Roger-Viollet.

Elle incarne à la perfection la femme moderne masculinisée, par le choix de ses vêtements, sa manière de fumer, mais aussi par la mastectomie complète qu’elle fait réaliser en 1927 pour se sentir mieux dans l’habitacle des voitures de course. Elle est aussi très libre de mœurs et affiche sa bisexualité.

La popularité de Violette Morris, championne omnisports, est à son faîte lorsque la Fédération Féminine Sportive de France lui retire sa licence, en 1927, lui reprochant de nombreux dérapages violents, ses manières, « déplorable exemple » pour les jeunes filles qu’elle encadre en tant qu’entraîneuse de la Fédération. La championne porte plainte. Le procès a lieu en 1930. La Fédération a choisi de faire du pantalon porté par la sportive le symbole de toutes ses « déviances ».
Le droit au pantalon devant la 3e chambre du tribunal civil de Paris

« Un pantalon de drap bleu marine, surmonté d'un veston de même, au col et aux manches duquel apparaissait la plus élégamment virile des chemises de soie. Pochette, stylo vert vif, une trace de tabac à ses doigts bagués, un bon sourire sur son visage à cheveux plats : telle était hier, Mme Violette Morris, championne en tous sports et amazone connue qui se fit couper naguère, un sein, non pour tirer à l'arc, mais pour mieux conduire son auto » écrit un journaliste[21].

L'une des deux avocates de la Fédération féminine sportive de France, Yvonne Netter, avance que les femmes n'ont pas le droit de « porter culotte dans la rue » (Le Journal, 25 février 1930). Remarque stupéfiante, venant d'une féministe aussi progressiste qu'Yvonne Netter. Les féministes semblent se ranger du côté de l'ordre, alors que l'opinion publique tolère l'excentricité accueillie avec un mélange d'ironie et de sympathie. Le préfet de police lui-même n'ose « plus tirer ce texte de son doux sommeil » remarque un journaliste[22] ! Mais pour la Fédération, c'est l'image du sport féminin, en plein essor mais toujours contesté, qui est en jeu. Comme sur d'autres questions, comme le droit de vote, il s'agit de bien montrer qu'il ne menace pas la différenciation des genres.

Le tribunal n'a pas à se prononcer sur le refus de la licence, qui dépend du règlement de la fédération et conclut :

« Nous n’avons pas à nous occuper de la façon dont se vêt à la ville et dans ses autres occupations Mme Violette Morris, mais nous estimons que le fait de porter un pantalon n’étant pas d’un usage admis pour les femmes, la FFS avait parfaitement le droit de l’interdire. En conséquence, le tribunal déboute Mme Violette Morris et la condamne aux dépens ». L’avocat de la sportive, Henri Lot, qui s’était écrié que le pantalon était l’avenir des femmes, reste abasourdi.Dans une interview donnée juste après le procès et censurée, « la Morris » se défend dans le langage qui lui est justement reproché : grossier, délateur, obscène, révélant les frasques des « salopes » et autres « pétasses » de la Fédération.

« Et on vient dire, la bouche en cul de poule : mais elle s’habille en homme, mais elle boxe un connard d’officiel qui arbitre à tort et à travers, mais elle se balade à poil dans les vestiaires, comme si ce n’était pas justement réservé à ça, mais elle ‘dévergonde’ nos filles ! Tout ça parce qu’un jour j’ai roulé un patin à une môme qui me collait au train ! Elle se disait amoureuse de moi, ça arrive, figure-toi, ces choses-là. Mais je n’ai jamais débauché personne de force. » (source[23])

Rancune sociale et logique nazie

« Nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales », continue-t-elle, « gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petites gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves. Crois-moi, ce n’est pas dans mon tempérament ».

Logiquement, Violette Morris prend le parti de l’Allemagne. Un parcours que l’on peut rapprocher de celui d’une autre « travestie » célèbre outre-Manche, qui organise les entraînements de boxe des fascistes britanniques : le colonel Parker, passée elle aussi par un procès à la fin des années 1920 pour avoir contracté un mariage avec une femme.Un voyage en Allemagne en 1934 permet à Violette Morris de nouer des liens avec des nazi-e-s. Idéologiquement, elle est nazie, et se dit prête à faire « crever la ploutocratie judéo-maçonnique ». Elle entre dans le service de sécurité des SS, le SD et devient une espionne appréciée, utilisant ses relations dans le milieu sportif.

Violette Morris poursuit ses activités dans la France occupée, réalisant de nombreuses missions pour la Gestapo, interrogeant – torturant – les femmes et les hommes impliqués dans les activités de la résistance. De Londres, les corps francs de Normandie reçoivent l’ordre de la supprimer. C’est chose faite le 26 avril 1944, des hommes du maquis « Surcouf » lui tendent un getapens et l’abattent d’une rafale de mitraillette.
Les hommes travestis et l’ordre public

Le travestissement des hommes, si on le distingue bien de l'efféminement, est sans doute encore au début du XIXe siècle difficilement pensable. Les femmes gagnent en se travestissant des libertés que la société leur refuse, mais les hommes ? Au XXe siècle, c'est au contraire le travestissement des hommes, dans un climat d'homophobie et de réglementation officieuse de la prostitution masculine, qui attire l'attention des autorités.

A la Libération, une circulaire du ministre de l'Intérieur, Jules Moch, généralise la décision du préfet de police qui « interdit à Paris dans les bals publics, les attractions ou spectacles dits de cabarets dits "de travesti" comportant le port de vêtements féminins par des hommes. Au terme de cette même décision, il est fait défense aux hommes de danser entre eux dans tous les lieux publics ». En 1963, Paris Presse annonce que « Papon veut interdire le travesti ». Le préfet de police de Paris demande au ministre de l'Intérieur de déposer un projet de loi à l'Assemblée nationale visant à interdire le travesti. Selon un conseiller municipal de Paris, « il devient difficile pour un homme seul de faire le bout de chemin place Clichy - place Blanche, tant sont nombreux les homosexuels qui vous racolent. Ils ont des tenues extravagantes ; il est même difficile de savoir à qui on a affaire : certains ont des coiffures féminines très élégantes ; d'autres sont carrément travestis ».

Cette demande s'effectue dans un climat répressif : la loi du 30 juillet 1960 autorise le gouvernement à « lutter contre l'homosexualité », désormais reconnue « fléau social »[24]. En 1966, L'Aurore, sous le titre « Les travestis : des malades mentaux », reprend les propos d'un psychiatre danois au congrès mondial de la psychiatrie qui considère que s'habiller en homme pour une femme (ou l'inverse) est « le symptôme d'une maladie mentale ». Deux ans plus tard, la France adoptera la classification de l'Organisation mondiale de la santé qui fait de l'homosexualité une « maladie mentale »[25]. C'est l'aboutissement d'une évolution commencée dans le dernier tiers du XIXe siècle, et qui fera du travestissement une pathologie, souvent liée à l'« inversion sexuelle »[26], et non pas un délit.

Indication bibliographique
Christine Bard, « Le dossier D/B 58 aux Archives de la Préfecture de Police de Paris, Clio. Histoire, femmes et sociétés, n° 10, 1999, p. 164.
Vers l’abrogation de la réglementation de 1800 ?

Jean-Yves Hugon, député UMP de l’Indre où George Sand aurait obtenu son autorisation de travestissement, demande lors du 8 mars 2004 l’abrogation de la « loi » de 1800.
Jean-Yves Hugon a choisi la journée internationale des femmes pour demander par lettre au Premier ministre « de mettre en conformité notre Droit avec une pratique incontestée et incontestable des femmes » (Dépêche AFP, 7 mars 2004).

En 2003, Jean-Yves Hugon avait d’abord tenté de convaincre Nicole Ameline, ministre déléguée à la Parité et à l’Egalité professionnelle. En vain, après plusieurs mois d’attente, elle avait répondu au député « qu’il ne lui paraissait pas oppurtun de prendre l’initiative d’une telle mesure dont la portée serait purement symbolique ». « Pour adapter le droit à l’évolution des mœurs, la désuétude est parfois plus efficace que l’intervention. Néanmoins, vous avez toute latitude pour mettre en valeur la contribution de George Sand à cette évolution à l’occasion du bicentenaire de sa naissance ».

A ce jour, le gouvernement n’a pas réagi à la nouvelle demande de M. Hugon. Cet insuccès politique n’est pas un échec médiatique : le rappel de l’existence de l’ordonnance de 1800 lui a valu de passer aux Grosses têtes (RTL), au journal télévisé du midi sur France 2… La presse a très largement relayé la « pittoresque » information. En plein débat sur le voile islamique, cet interdit vestimentaire n’est pas passé inaperçu, jusque dans le monde arabo-musulman. Enfin, des jeunes, sur les forums de discussion sur internet, ont échangé sur cette question, qui semble avoir, au moins sur un site, vite dérivé sur le droit des hommes à porter la jupe.

Le site « Alternative Fashion – Mouvement des hommes qui portent des jupes.htm » a comme slogan « Les vrais hommes portent des jupes ! » et commente « Il n’y a que 30 ans, l’idée d’une femme en pantalon semblait inacceptable. Gageons que d’ici dix ans, la jupe pour homme sera devenue banale. Nous sommes à l’avant-garde de ce mouvement, qui tent à rétablir la jupe comme un vêtement masculin ». Sur Hemisphair a eu lieu aussi un débat sur les hommes en jupe. La mode, en 2003, en était lancée à New York, avec une bonne couverture médiatique.
Un fantasme antiféministe : l’inversion des rôles

Femme-auteur, bas-bleu, émancipée, femme libre, femme nouvelle, garçonne… nombreux sont les termes qui désignent un personnage, un « type » plus qu’une réalité historique. Particulièrement avec la caricature, jouant sur la déformation, l’excès, c’est un imaginaire masculin mêlant idéologie, fantasmes, peurs, attirances, dégoûts que ces sources révèlent.



« La Nietzschéenne », dessin dans L’Assiette au beurre, n° 442 (p. 1242), Henry Bing, septembre 1909, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

La pitoyable Nietzchéenne des années 1900

Personnage créé en 1909 par le peintre montmartrois Henry Bing, la Nietzchéenne personnifie l’inversion. Sa blouse de peintre fermée jusqu’au col masque de vieilles nippes et un corps maigre, asexué (absence de poitrine). Le chignon signale qu’il s’agit d’une femme, la pipe nous renvoie à la masculinisation, ainsi que les propos rapportés en légende.

La « Nietzchéenne[27] » a les ambitions démesurées, désordonnées, compulsives de la « femme nouvelle » du début du siècle, ici tournées en ridicule. Son art de la peinture se résume aux croûtes accrochées aux murs ; en musique, son goût la porte vers un instrument masculin, le trombone ; scientifique peu crédible, elle étudie la physique (allusion à Marie Curie) tout en se livrant au spiritisme[28], très à la mode. L’aviation[29], débutante, attire effectivement des femmes qui font la une des journaux (note). La philosophie lui vaut son surnom de Nietzchéenne ; symbole de modernité mais aussi de chaos, de folie, de déstabilisation…
La femme-modèle est évidemment en tous points son opposé sur le plan physique et moral. La question qu’elle lui pose la ramène à ce qui est censé être l’essentiel dans la vie d’une femme : l’amour. Le message est clair : la femme nouvelle se condamne à un célibat volontaire ou subi, ses ambitions la coupent des hommes et des femmes normales ; les femmes masculinisées perdront toute séduction.

Inverties du point de vue du genre, elles le sont aussi au sens médical : homosexuelles par goût ou par défaut ! N’est-ce pas ce que suggère cette scène où la la Nietzchéenne peint des nus féminins, indice d’un désir plus ou moins conscient ? Condamnée au ridicule et à la solitude, il lui reste l’alcool : une bouteille de pastis traîne sur le sol.



Je ne voudrais pas épouser, dessin paru dans Le Charivari (reproduit dans John Grand-Carteret, La Femme en culotte, 1899), Cham, octobre 1851, papier imprimé, © collection particulière.

L’inversion ne fait pas le bonheur…Dans Le Charivari, auquel il collabore régulièrement, Cham, au milieu du XIXe siècle, l’indiquait tout aussi clairement. Habillées selon les principes d’Amelia Bloomer, les femmes ne plairaient plus aux messieurs, convaincus qu’une telle tenue signale une femme dominatrice. Rien d’original, donc, dans l’imagination réactionnaire d’Amédée de Noé dit Cham (1818-1879), dessinateur (40 000 dessins dans la presse française – dont Le Charivari - et britannique).
Politique-fiction : le triomphe du féminisme en 1958

Dans Je sais tout[30], mensuel à grand tirage, Clément Vautel imagine en 1918 la victoire du féminisme en 1958, soit quarante ans plus tard. Comme son prédécesseur Robida, il pense à une réforme obligatoire du costume : les femmes masculinisées imposant par la force le nouvel uniforme.



Le féminisme en 1958, dans Je sais tout (14e année, 1er semestre), Clément Vautel, mai 1918, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Le féminisme est ici dépeint comme un mouvement totalitaire. Révolutions et régimes forts s’efforcent en effet de réaliser leur projet d’Homme nouveau, entre autres en lui imposant un costume spécifique. Le scénario de Vautel n’étonnera pas : il compte en effet parmi les journalistes les plus activement antiféministes. C’est en prétendu « français moyen » qu’il s’acharne contre l’émancipation des femmes, mais aussi qu’il développe ses préjugés antisémites.

Clément Vautel, pseudonyme de Clément Vaulet (1876-1954), d’origine belge, est connu comme journaliste : auteur de 30 000 articles, il est aussi scénariste. Il commence à écrire ses romans la quarantaine venue, « pour gagner le pain de ses vieux jours ». Il s’inspire de l’actualité, vue d’une manière satirique. C’est, entre les deux guerres, un succès populaire avec Mademoiselle sans-gêne, Madame ne veut pas d’enfant, mais surtout Mon curé chez les riches (record de ventes pour un roman français, un million d’exemplaires vendus) et Mon curé chez les pauvres. Il a publié en 1941 ses « souvenirs d’un journaliste », Mon film (Albin Michel).
Porter la culotte




Le plus drôle dis donc, Le Journal amusant, reproduit dans John Grand-Carteret, La Femme en culotte, 1899, Mars, avril 1895, © collection particulière.

« Porter la culotte est une très vieille expression signifiant « avoir le pouvoir », notamment dans l’univers domestique. C’est en principe l’homme qui la porte, mais finalement, c’est au féminin que s’accorde le plus souvent cette expression populaire, sans cesse actualisée.

Hortense porte la culotte (1895)

Ainsi, en 1895, la mode cycliste appelle inévitablement le vieux constat. Le dialogue de ce couple est bien généralisable. Les femmes n’ont-elles pas, finalement, toujours porté la culotte ? C’est bien ce qui est suggéré. Est-ce plus vrai encore dans les milieux populaires urbains où la femme joue souvent le rôle de « ministre des finances » ?

Ce dessin de Mars, dans Le Journal amusant[31], même s’il donne les culottes à Hortense, montre un couple dans un rapport assez égalitaire – suggéré par la symétrie des deux personnages et de leurs vêtements. Il concède toutefois un léger avantage à Hortense qui gagne pour l’écartement des jambes, des bras, pour la carrure (exagérée par ses manches ballons) ; elle dépasse même son compagnon, légèrement en retrait derrière elle. Que reste-t-il au dominant ? Une taille supérieure. Et le rappel à la loi, épée de Damoclès vieillissante suspendue au dessus des femmes émancipées. Le dessinateur donne ici une version bon enfant, dénuée de misogynie du vieux conflit intersexuel.



La grande querelle du ménage, estampe de Pellerin à Epinal, anonyme, 19e siècle, estampe, Paris, Musée des Arts et Traditions Populaires, © Cliché Musée des Arts et Traditions Populaires.

La dispute de la culotte, depuis le Moyen Âge…

Le thème de la dispute de la culotte est d’une grande banalité[32]. On trouve les premières représentées sous forme de sculptures dès le Moyen Âge. Leur inspiration est misogyne : elles montrent l’impensable et ce qu’il faut éviter : que la femme l’emporte sur l’homme. Elles ont connu bien des variantes, mais souvent, elles s’inspirent comme ici du principe du « monde à l’envers », qui explique que dans cette « grande querelle du ménage », le garçon et le chien soient du côté de la femme, et le chat et les filles du côté de l’homme.

Le chaos est évoqué par les objets renversés, le rouet avec lequel la femme travaille, est par terre. Elle brandit le rouet, lui le bâton. La culotte que le couple se dispute est une culotte à la française, avec une braguette à pont, pendante… Une datation approximative aux années 1810-1820 est possible grâce aux vêtements montrés (robe empire de la poupée, à gauche, pantalon de l’homme).

Cette image évoque la société paysanne riche en proverbes sur ce sujet. « Tiens le pantalon si tu veux la paix » (Corse). « Ni pantalons la femme, ni jupes l’homme » (Catalogne), relevés par Martine Ségalen (note). Mais la société urbaine, prolétaire ou bourgeoise, connaît également ce type d’inversion. La cause de la dispute ? La jalousie du mari trompé, la paye dépensée au bistrot…
Rosa Bonheur, travestie autorisée

Rosa Bonheur (1822-1899) est célèbre ; elle est une des rares femmes à jouir d’une place reconnue dans l’histoire de la peinture. De son vivant, elle est exposée, médaillée (l’impératrice Eugénie la décore de la légion d’honneur), connue dans le monde entier… et nullement inquiétée pour cette menue excentricité : s’habiller en homme.

Peintre animalière, elle ne peut entrer dans les abattoirs, réservés aux hommes. Elle demande une autorisation officielle pour se travestir, qu’elle obtient « pour raisons de santé » et à condition qu’elle ne se produise pas ainsi habillée sur une scène. Point de scandale : Rosa Bonheur est une originale sûre d’elle, qui vit en totale liberté, hors des conventions, comme l’y encourage d’ailleurs l’éducation saint-simonienne qu’elle a reçue, dans une famille d’artistes.



Portrait de Rosa Bonheur dans Le Petit Journal, supplément illustré, n° 132, anonyme, juin 1893, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Chez elle, dans une grande demeure à la lisière de la forêt de Fontainebleau où elle vit avec sa compagne Nathalie Micas puis avec sa future biographe, Anna Klumpke, elle porte bien sûr le pantalon, fume cigarettes et havanes, et soigne ses animaux chéris. Son atelier de By est aujourd’hui un petit musée.
La femme à barbe en travesti




Clémentine en gentleman dans son jardin (cachet de C. Delait), anonyme, 19e siècle, carte postale, Thaon-les-Vosges, La Rotonde, © La Rotonde.

Clémentine Delait (1865-1939), « femme à barbe », vend elle-même les cartes postales où elle pose « en gentleman » dans son jardin de Thaon-les-Vosges[33]. Cette « forte femme », patronne de bistrot, réputée pour sa bonne humeur, a une barbe fournie qu’elle a renoncé à raser en 1900, à la suite d’un pari. Elle porte un costume d'homme, munie de l'autorisation du ministre de l'Intérieur en personne.

Bonne épouse et bonne mère, commerçante sympathique, indifférente à l'argent que son anomalie assumée pourrait lui procurer facilement, Clémentine, bien que travestie, reste socialement une femme. Respectant ses devoirs familiaux, munie de l'autorisation suprême du ministre de l'Intérieur, elle ne menace en rien l’ordre social.
Les femmes à barbe sont rarement montrées habillées en hommes. En effet, c'est l'opposition entre sexe et genre qui est recherchée. Ainsi, le préparateur de l'Ecole de médecine qui naturalise un buste de femme à barbe vers 1881 l'habille avec un col de dentelle blanche (ce buste est conservé au musée Orphila, Paris). « Pour la conscience populaire, la femme à barbe est un être équivoque. Elle appartient à la fois au règne animal et à l'espèce humaine. Elle est à la fois homme et femme. Son existence manifeste l'instabilité des lois biologiques et de ce fait semble inquiéter l'homme sur son propre statut d'être humain » (source[34]).



Clémentine en femme dans son salon (cachet de C. Delait), anonyme, 19e siècle, carte postale, Thaon-les-Vosges, La Rotonde, © La Rotonde.

« Elle avait cette particularité d'être un féminin masculinisé », écrit un journaliste de Paris-Soir le 21 avril 1939, lors du décès de Clémentine Delait. Mais qu'est-ce qu'un « féminin masculinisé » ? Quelque chose de fascinant, sans doute, comme en témoignent les 80 cartes postales éditées sur elle, une industrie[35] telle qu'elle imposera son cachet pour essayer d'en tirer au moins une part de profit personnel.

Les fêtes foraines et les cirques exploitent aussi ce phénomène. En 1903, Clémentine Delait joue aux cartes dans la cage aux lions. En 1928, elle part en tournée à travers le monde. C'est l'apogée des « zoos humains » où les femmes à barbe côtoient des hommes ou des femmes présentant des anomalies physiques : nains, géants, siamois, ainsi que des « sauvages » d'Afrique ou d'autres lointains colonisés[36].

La « mise en cage » des femmes à barbe contraste avec la place qu'elles occupent dans la culture chrétienne. Très populaire et pérenne a été la légende de sainte Libérade (Wilgeforte en Allemagne, Uncumber en Angleterre), sainte barbue invoquée pour les peines des fiancées et des épouses malheureuses. Cette fille d'un roi païen secrètement convertie au christianisme avait fait le vœu de chasteté, mais son père voulait la marier de force. Grâce au Ciel, elle se couvrit alors d'un pelage[37] qui éloigna l'époux dont elle ne voulait pas, désobéissance qui lui valut d'être crucifiée sur l'ordre de son père.
Combattantes de fiction




Bataillon de femmes citoyennes, anonyme, date inconnue, estampe, Orléans, Musée historique et archéologique de l’Orléanais, © Musée historique et archéologique de l’Orléanais.

L'impossible soldate ou le corps d'armée de Fernigh en 1792

Ce « bataillon de femmes citoyennes » évoque un projet utopique, présenté sous forme de pétition et sans succès à la Convention en 1792. Les engagées jurant de renoncer aux séductions de l'amour[38] jusqu'à la victoire, elles peuvent donc « s'enlaidir » avec un casque, des cheveux coupés aux épaules, plus courts devant, des culottes (hauts de chausses tailladés à la portugaise) proches des modernes jupes-culottes[39]. Elles transgressent le tabou, le temps d'une pause fictionnelle.



Enrôlement des Vésuviennes dans le parti napoléonien dans Les Vésuviennes ou les soldats pour rire, par Edouard de Beaumont (Ed. Aubert et cie, planche 20), anonyme, 1848, lithographie, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Les Vésuviennes de Beaumont en 1848

La révolution de 1848 s'est accompagnée d'une satire continue des « féministes », sous la forme fictive des « Vésuviennes », révoltées à la manière volcanique, que l'on trouve dans des dessins, des histoires, des chansons, des témoignages… Laides, elles apparaissent pour la première fois sous le crayon de Cham dans Le Charivari[40], la série de Beaumont[41] débute dans le même journal le 1er mai et dure jusqu'au 20 juin : ses Vésuviennes sont au contraire jolies, sexualisées à la manière des lorettes[42] de Gavarni.

Attirantes et rebelles, elles attestent le lien durable entre la femme combattante et la femme débauchée (attirée par la clientèle militaire). L'une des clés du succès de cette série est le pantalon porté par les Vésuviennes. Dans un des épisodes, ces dernières réclament l'abolition de la crinoline – et s'en prennent au « Club des femmes » (mené par la féministe Eugénie Niboyet[43]) accusé d'avoir échoué dans l'œuvre d'émancipation féminine.




La volontaire, officier dans l’armée régulière, In Paul et Henry de Trailles, Les femmes de France pendant la guerre et les deux sièges de Paris (Paris, Polo éditeur, p. 26), anonyme, 1872, papier imprimé, © collection particulière.

La volontaire en 1870

Cheveux courts au vent, uniforme, bottines montantes (mais avec talons), au milieu des explosions, cette volontaire anonyme brave l'ennemi, le regard hypnotisé par le combat, le geste crâne. Son allure contraste avec la placidité du soldat, derrière elle, spectateur d'une scène à peine croyable.

Des femmes se sont effectivement engagées dans les combats pendant la guerre franco-prussienne[44], certaines comme Jane Dieulafoy, avec un uniforme, mais dans une compagnie de francs-tireurs. Mais dans ce dessin, l'imagination l'emporte sur le but documentaire. L'optique est philogyne (en contexte de guerre, le patriotisme féminin est sollicité et salué, même s'il dérange les codes de genre), mais l'anomalie que représente une femme habillée en homme pour combattre – anomalie renforcée par son statut d'officier - est soulignée par le regard étonné, dubitatif du soldat, peut-être aussi par l'éclair de folie dans les yeux de la combattante.



Le capitaine d’habillement, dans L’Assiette au beurre, n° 375 (p. 173), Jules Grandjouan, juin 1908, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Femmes à la caserne

L'une des conséquences de la défaite de 1870 est la mise sur pied du service militaire, par les lois de 1872, de 1889 mais surtout par la loi de 1905 qui lui donne un caractère personnel, obligatoire. Bien que présenté comme « universel », il est réservé aux hommes pour qui il constitue un devoir civique. La durée du service est de deux ans depuis 1905, mais l'opinion nationaliste réclame son allongement (et l'obtiendra en 1913). Le processus d'élargissement des obligations militaires épargne les femmes, qui ont leur rôle à jouer dans la défense nationale en tant que mères, enfantant et élevant de futurs soldats.

Le service militaire pour les femmes est-il l'aboutissement in/désirable de l'égalité des sexes ? C'est ce que suggère ce grand dessin pleine page. En 1908, L'Assiette au beurre[45], de sensibilité antimilitariste, montre des appelées mécontentes, qui enfilent le pantalon emblématique de l'égalité sous le regard allumé du « capitaine d'habillement », seul homme dans ce harem carcéral[46]. C'est le dessinateur Grandjouan [47] qui imagine cette scène, servant ses convictions antisuffragistes : le dessin est tiré d'un numéro spécial entièrement réalisé par lui et intitulé « Quand les femmes voteront ».



La femme officier (Mille, Le Sourire, n°12), anonyme, date inconnue, carte postale, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

La femme officier aux seins nus

Dans une collection d'humour, cette carte postale de la Belle Epoque met la grivoiserie au service de la misogynie. Elle témoigne bien de son temps, marqué par la progression du travail féminin et par la revendication, marginale mais remarquée, du service militaire pour les femmes et de l'accès des femmes aux métiers de l'armée et de la police.

Politique-fiction : les femmes sont autorisées à devenir militaires et même gradées. Masculinisées : elles portent bien le fameux pantalon garance, mais moulé sur leurs formes généreuses et fessues. Leur poitrine opulente met aussi en échec leur travestissement. Leur taille sanglée dessine le « 8 » attendu du corps féminin. Artilleuses ou officières, elles sont davantage parées pour la maison close que pour le combat. D'ailleurs le 69, numéro matricule qui pend au cou de la créature, ne laisse pas d'ambiguité.
Louise Michel, icône du combat révolutionnaire

Cette photographie de Louise Michel (1830-1905) est un des rares témoignages visuels contemporains de son combat pendant la Commune de Paris[48]. Elle y est vêtue d'un uniforme.

Louise Michel a effectivement combattu les armes à la main. Après la proclamation de la Commune, le 28 mars 1871, elle se bat pendant deux mois, avec intrépidité, jusqu'à la fin. L'ancienne institutrice l'avoue dans ses Mémoires : « Oui, barbare que je suis, j'aime le canon, l'odeur de la poudre, la mitraille dans l'air, mais je suis surtout éprise de la révolution » source[49] .

Pendant la semaine sanglante, des centaines d'insurgé-e-s sont tué-e-s.Contre la libération de sa mère prise en otage, Louise Michel se rend aux autorités le 24 mai. A son procès, voilée de noir, elle plaide coupable et réclame sa « part de plomb ». Elle sera condamnée à la déportation en Nouvelle Calédonie. Jusqu'à son retour en métropole en 1880 grâce à l'amnistie générale, s'écoule une petite décennie qui en fait une allégorie de l'insoumission.Elle est connue grâce à de nombreuses photographies, la plus diffusée étant celle d'Eugène Appert, prise dans les prisons de Versailles, mais aussi par des peintures, des sculptures, des gravures et des caricatures.

Certaines veulent souligner l'androgynie de la « vierge rouge », d'autres en font au contraire une gaillarde dépoitraillée. Vieille, elle sera souvent enlaidie, parfois esquissée comme une légende sans consistance physique.Cette photographie de Louise Michel en fédéré tranche radicalement avec toute cette iconographie. Elle maîtrise l'image qu'elle va donner d'elle, face à un photographe ami. Son visage est grave, la pose est étudiée : dignité du vêtement militaire (l'uniforme des hommes, bien boutonné), détermination dans l'action (la main sur le ceinturon).

Ce n'est pas la première fois qu'elle se travestit : elle s'habille en homme lors de la manifestation qui accompagne l'enterrement de Victor Noir (« J'étais en homme pour ne pas gêner ni être génée », La Commune, histoire et souvenirs). Dans ses Mémoires, elle raconte aussi, qu'enfant, « voyant depuis longtemps la supériorité des cours adoptés dans les collèges sur ceux qui composent encore l'éducation des filles de province, j'ai eu bien des années après l'occasion de vérifier la différence d'intérêt et de résultat entre deux cours faits sur la même partie: l'un pour les dames, l'autre pour le sexe fort ! J'y allai en homme, et je pus me convaincre que je ne me trompais pas » (source[50]).

Merci à Véronique Fau-Vincenti qui a effectué ces recherches.

Utopies

Vingt ans avant le bloomérisme, les socialistes utopistes français réfléchissent à l’influence du vêtement sur le comportement et conçoivent un costume rationnel pour « la femme libre ». Ce costume, qui nous est connu grâce à la gravure de Maleuvre, n’a jamais été porté. Il est trop radicalement nouveau pour être adopté. Sa ressemblance avec le costume mis au point par Amelia Bloomer vers 1850 est frappante.



Jeune dame Saint Simonienne, Maleuvre, 1832, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

La saint-simonienne

Pour l’époque (1832), cette tenue est masculinisante à un point choquant : la saint-simonienne porte un pantalon, masqué par une tunique. Le pantalon est agrémenté de dentelles, la taille est étranglée par une ceinture. La jeune femme pose une main confiante sur l’œuvre de Saint-Simon. Ce dernier n’est pas l’inventeur de « la femme libre », même s’il reconnaît au soir de sa vie que « l’homme et la femme voilà l’individu social » (source[51]). Mais ses disciples élaborent à partir de 1829 une véritable théorie féministe, alors que le mot est encore inexistant.
Le père Enfantin entend réhabiliter la chair et préparer l’avènement de la femme-messie : « je crois à une prochain régénération du genre humain par l’Egalité de l’homme et de la femme », écrit-il. Les « compagnons de la femme » partent même, en 1833, à la recherche de la messie en Orient. Ce mouvement attire des centaines de femmes éprises de liberté et de justice sociale (Claire Bazard, Eugénie Niboyet, Claire Démar sont parmi les plus connues), mais ne s’habillent pas pour autant en saint-simoniennes. Dans l’utopie vestimentaire représentée ici, il faut plutôt rechercher l’influence de Fourier (dont le père Enfantin était un lecteur attentif). Pour lui, l’éducation ne doit faire aucune différence entre les sexes, y compris sur le plan vestimentaire.



Caricature dans le Charivari, reproduit dans John Grand-Carteret, La Femme en culotte, 1899, Cham, 1851, © collection particulière.

Aux Etats-Unis : owenistes et blooméristes

Ce dessin d’humour appartient à une vaste série de dessins publiés par la presse européenne et américaine sur le bloomérisme. Celui-ci montre la différence entre le style américain et le style français de masculinisation du costume. Les Françaises changent le haut, les Américaines le bas. Le pantalon reste un tabou suprême pour les Françaises.

Dès 1825, Robert Owen, disciple de Saint-Simon, fondateur de la New Harmony Community, dans l’Indiana, proposa une réforme radicale du costume sous la forme du pantalon-tunique. La plupart des femmes de cette communauté socialiste détestèrent et refusèrent. Il est intéressant de noter que c’est un homme qui a lancé le mouvement de réforme du costume, rencontrant alors le refus des femmes[52].
Astié de Valsayre




Mme Astié de Valsayre, dessin dans Charivari, reproduit dans John Grand-Carteret, La Femme en culotte (1899), Zut (pseudonyme de Delaplanche), septembre 1889, papier imprimé, © collection particulière.

Marie-Rose Astié de Valsayre (qui se fait virilement appeler « Astié ») est une des apôtres de la masculinisation du costume féminin. Née en 1846, elle a étudié la médecine et gagne sa vie en écrivant pour des journaux, sous son nom ou sous un pseudonyme[53]. A la fin des années 1880, elle multiplie les initiatives féministes : candidature aux élections de 1889, animation d’un cours de gymnastique dans un patronage laïque pour jeunes filles, fondation de la Ligue socialiste des femmes, puis de la Ligue de l’affranchissement des femmes, création d’un syndicat d’ouvrières de la couture.

Elle réclame le droit de vote, l’ouverture de toutes les études et des professions, l’égalité des salaires. C’est à ce moment intense de son activité qu’elle s’illustre dans le combat pour la rationalisation du costume. Elle-même porte un costume masculin et exige pour les femmes la liberté vestimentaire, en s’adressant à la préfecture de police - qui ne prend pas la peine de lui répondre -, et aux députés, par la voie d’une pétition. Son plaidoyer invoque les malheureuses victimes d’accidents de tramway, d’incendies[54] et de naufrages, “ prédestinées à la mort ” à cause de leurs vêtements féminins. Les députés lui répondront que “ nulle loi n’impose aux femmes les vêtements compliqués dont elles se recouvrent ”.
L'adaptation du costume aux différentes activités physiques et sportives est une des préoccupations d'Astié, partagée avec d'autres militantes radicales. Elle pratique le cyclisme, l'escrime et atteint une notoriété scandaleuse en se battant en duel. Très fréquent à la fin du XIXe siècle, le duel est au cœur d'un code de l'honneur…[55] exclusivement masculin. Les femmes, qui n'y ont pas accès, sont, d'une certaine manière assimilés aux hommes déshonorés et inéligibles.

La polémique sur le droit au duel est contemporaine de celle que nous décrivons ici, et l'on y retrouve les mêmes protagonistes : Astié, en particulier, qui s'est battue en duel à Waterloo avec une Anglaise pour un différend sur la supériorité respective des doctoresses françaises et américaines. Lorsque, en 1890, la journaliste Séverine se fait représenter par son amant dans un duel, Astié lui adressa un " blâme sévère " pour n'avoir pas affronté la responsabilité de ses actes[56]. Vingt ans plus tard, Madeleine Pelletier, admiratrice d'Astié, articulera la question de la masculinisation du costume et celle du droit des femmes à résister aux agressions en portant un revolver, mais aussi à se défendre par le duel. Pour ces militantes de l'égalité absolue entre les sexes, la réforme du costume est indissociable des autres revendications féministes : l'accès à toutes les professions, mais aussi à l'instruction. Il s'agit de combattre l'image repoussante du bas-bleu – considérée, explique Astié, comme une « hermaphrodite » - en inversant les préjugés esthétiques qui idolâtrent la " grâce féminine " et estiment " laide " la " femme au physique masculin "[57].

C'est au moment où le féminisme s'affirme comme une force politique, réussissant à capter l'attention de la presse et des partis, qu'émerge la question de la réforme du costume[58].
Un féminisme vraiment radical

Le féminisme a toujours été associé à une volonté de masculinisation des femmes. Néologisme du XIXe siècle, le féminisme désigne d'abord une pathologie qui féminise les hommes en modifiant les caractères sexuels secondaires. C'est Alexandre Dumas fils (1824-1895) auteur dramatique et romancier, auteur de la célébrissisme Dame aux camélias (1848) qui a l'idée de détourner le mot, en 1872, dans un petit livre, L'Homme-femme[59] où il s'efforce de justifier le meurtre de la femme adultère par son mari. Les féministes ripostent : La Femme-homme ; Eve contre Monsieur Dumas-fils... Et parviennent à rallier à leur cause l'écrivain qui s'impliquera dans la réforme du divorce, l'autorisation de la recherche de paternité, le droit de vote des femmes. Ces origines troubles laissent des traces, même après la banalisation du mot[60] à la fin du XIXe siècle.

Nous avons vu aussi qu'une minorité de féministes revendique une certaine masculinisation. Les adversaires du féminisme ont tendance à prendre la partie pour le tout, bien qu'elles ne soient pas représentatives de l'ensemble des militantes.



Carte postale adressée à Marguerite Durand, H.C. Wolf éditeur, date inconnue, carte postale, 9 x 13,9 (cm), Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Le moyen le plus éloquent pour camper un féminisme vraiment radical est de suggérer l’inversion des genres, comme le fait l’auteur de cette carte postale sur le fameux quotidien féministe fondé en 1897.

Au lieu de représenter la fondatrice du journal, Marguerite Durand[61], ancienne comédienne et séductrice toute en féminité, le dessinateur choisit de montrer une femme en travesti. La Fronde est écrite, composée, imprimée, vendue par des femmes, ce qui lui donne une connotation très radicale[62]. Le dessin évoque peut-être Marc de Montifaud (notice), collaboratrice du journal et authentique travestie.



L'affaire Hélène Brion au 1er Conseil de Guerre, couverture de la Revue des Causes Célèbres, anonyme, mai 1918, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Masculiniser une féministe pour la dénigrer est un procédé banal. Un exemple parmi bien d’autres : la presse pendant le procès d’Hélène Brion, institutrice féministe et pacifiste. En mars 1918, après quatre mois de prison à St Lazare, elle passe devant un Conseil de guerre. Elle s’y défend avec brio. Les commentateurs cherchent la faille dans sa personnalité, sa stratégie de défense, son comportement et trouvent la confirmation de leur suspicion dans la présence de cette lavallière trop large. Et les culottes de zouave qu’elle portait pour servir la soupe populaire à Pantin alimenteront bien des fantasmes !

La masculinité vestimentaire des féministes est d’abord et avant tout une invention destinée à stigmatiser. Toutefois le cliché recoupe le réel dans les rares cas où des militantes assument cette transgression.
Divergences entre féministes

En 1899, pour la féministe Hubertine Auclert, « les hommes libres ont uniformisé leur costume simple ; celles qui rêvent de devenir leurs égales ne peuvent prétendre conserver les artifices d'esclaves, le luxe antiégalitaire qui ne s'acquiert qu'au détriment de la liberté » (source). Son point de vue n'est pas partagé par son aînée en féminisme, Maria Deraismes, rebutée par l' « odieuse et triste uniformité des hommes », et charmée par « nos jolies étoffes claires, brillantes, vivaces ». Les féministes vont orienter la polémique sur le costume vers le compromis, sauver le " féminin ", en le réformant.
C'est une formule intermédiaire entre le pantalon et la robe qui est trouvée avec la jupe-culotte, portée par plusieurs militantes et popularisée par les cyclistes.

L'enthousiasme des féministes radicales pour cette formule n'est pas partagé par tous, on s'en doute. Un journaliste du Matin, voulant recueillir l'opinion d'un représentant de l'Eglise sur les jupes-culottes, s'entend répondre qu'il faudrait plutôt consulter un médecin aliéniste, qui pourrait traiter la névrose exhibitionniste des détraquées portant ce genre de « demi vêtement »[63].
Des médecins s’en prennent, non seulement au costume, mais à la pratique même du vélocipède qui ruinerait les organes génitaux féminins. L’affaire est bien compliquée, du moins à ses débuts. Séverine, hostile au costume masculin, approuve celui des cyclistes ; en revanche Louise Abbéma (voir notice 9), qui porte le travesti, trouve laides ces nouvelles culottes bouffantes. Aux considérations esthétiques se mêlent des réflexions plus politiques.

Pour le journal Le Gaulois[64], “ beaucoup de personnes de bon sens estiment que c’est un important épisode de la “ revendication féministe […] Pour la première fois, sans que la loi puisse en garantir à l’homme le monopole, la femme lui dispute l’attribut masculin par excellence : le pantalon ». La fronde des féministes est suffisamment radicale pour que les culottes cyclistes apparaissent, dès 1893, comme un compromis raisonnable. C’est ce qu’explique à la presse une « femme du monde », Mme Baudry de Saunier[65] : « Un jour viendra certainement où, sans faire partie de l’école un peu outrée de la revendication féminine, et, sans porter précisément la culotte, physiquement et moralement, les femmes porteront un costume plus commode que celui de nos jours. Pourquoi nous effaroucher de ce qui sera admis demain ? ». Le féminisme aura, finalement, inspiré des modes alternatives de séduction[66].
L’argument médical

Dans la prestigieuse revue de la Société d'anthropologie de Paris, le Dr Félix Régnault plaide pour que la « raison » guide une réforme de la mode. Il approuve les féministes adeptes de la robe courte, car les longues, explique-t-il, « balaient les trottoirs et ramassent les microbes avec la saleté. L'examen de la bordure d'une robe a révélé les microbes de la diphtérie de la tuberculose, du tétanos, du pus, en un mot de toutes les bactéries pathogènes ». Il prend position aussi sur le corset, qui suscite un vif débat médical dans les années 1900. En 1898, l'une des premières doctoresses a soutenu une thèse sur le corset. La polémique éclate aussitôt.

Mme Tylicka contre le corset (1898-1899)

Cette doctoresse de nationalité polonaise a soutenu en 1898 une thèse à la faculté de médecine de Paris intitulée « Du corset, ses méfaits au point de vue hygiénique et pathologique ». Publiée l'année suivante, elle provoque un débat dans la presse et dans les milieux médicaux. Hubertine Auclert, on l'a vu, est heureuse de citer cette référence scientifique, venant appuyer la cause de la suppression du corset. Le Petit Journal, à la fin de l'année 1899, rend compte des conclusions de la thèse, tout en émettant quelques doutes sur l'envie des femmes de s'affranchir de la mode et la capacité des hommes à réviser leurs jugements esthétiques.

En 1900, le débat sur le corset fait rage. La thèse de Mme Tylicka a mis le feu aux poudres. Selon le Dr Butin, elle s'y livre à « un violent réquisitoire contre le corset et propose sa suppression et son remplacement par une brassière de toile forte, ajustée à la taille, descendant seulement jusqu'à la ceinture, boutonnée devant et munie de deux baleines de chaque côté pour soutenir les seins ». Or, commente ce professeur à la faculté de médecine de Paris, « l'expérience a montré combien ces anathèmes et ces décrets de suppression sont vains et stériles.

La simple lecture de ces conclusions montre combien leur auteur est peu parisien, je dirai même peu français ». Car en France, les femmes ont la « légitime coquetterie de leur vêtement »[67]. Et de citer ses confrères qui reconnaissent une certaine utilité au corset. Le Dr Proust, professeur d'hygiène à la faculté de médecine, dans son Traité d'hygiène, prend ainsi parti contre « l'exagération » et estime le coset indispensable « pour assurer le développement régulier des formes, maintenir les jeunes personnes dans l'habitude de se tenir droites et de ne pas s'abandonner à une liberté d'allure très nuisible à la beauté » (source[68]).

Le Dr Budin suit ces conclusions, contre l'opinion de Mme Tylicka. Mais le conservatisme de certains médecins ne suffit pas à désarmer les adversaires du corset qui sont rejoints par la chanteuse Yvette Guilbert, « martyre » du corset, qui a subi l'ablation d'un rein (trop comprimé par le corset, il était devenu « flottant ») (source[69]).



Déformations du squelette dues au corset dans le Bulletin et mémoire de la Société d’anthropologie de Paris, 728e séance, (17e conférence annuelle transformiste : l’évolution du costume par le Dr Félix Régnault, p. 344), anonyme, juillet 1900, papier imprimé, Paris, Bibliothèque du Musée de l'Homme, © Bibliothèque du Musée de l'Homme.

La « preuve » par le dessin anatomique (1900)

On retrouve le même système de comparaison et un identique modèle de femme « saine » non déformée par le corset dans l'ouvrage du Dr Butin, p. 48. La silhouette serait inspirée par la Vénus de Médicis, reproduite dans Le Magasin pittoresque en 1833.

L'avis du Dr Régnault sur l'effet du corset

« Le corset est trop serré. Par esprit d'exagération les femmes se font une taille de guêpe. Il en résulte des déformations du foie, de l'estomac qui devient vertical ou bilobé : d'où des dyspepsies, les chutes de la matrice sous la pression des organes abdominaux. La pression sur les côtes inférieures gêne le jeu du diaphragme et oblige les femmes à une respiration costale supérieure qui diminue quand on le quitte. Le corset est d'autant plus dangereux qu'il forme un plus long fourreau serrant le corps sur une plus grande hauteur […]. Un corset ainsi compris élève les épaules, donne de la raideur et abîme pour l'artiste la flexibilité des lignes féminines. »

Un conseil : remplacer le corset par une ceinture abdominale

« Pour autant, on ne conseillera pas la suppression pure et simple du corset. Celui-ci est un soutien pour les muscles lombaires et abdominaux. Il joue le rôle de l'anneau de cuir que mettent les portefaix au poignet pour maintenir les tendons dans leurs gaines.

Les gymnasiarques le savent bien quand ils se serrent les lombes d'une ceinture de gymnastique ; de même les races agiles. Basques, Espagnols, Corses et en général les peuples montagnards se ceignent les reins ; les Romains disaient déjà avec raison de se méfier des jeunes gens « discincti » qui ne se ceignaient pas : ils étaient efféminés, incapables d'efforts virils.
Que la femme adopte la large ceinture de gymnastique[70] qui serre les reins et les lombes mais qui ne remonte pas trop haut et laisse libres les côtes inférieures. Cette ceinture suffira à soutenir les jupes.
Pour les femmes qui ont un abdomen relâché et tombant (ptose) il convient de le maintenir par une ceinture hypogastrique qui descende jusqu'au pubis et prenne point d'appui sur les épines iliaques (Gache-Sarraute). Il appartient aux couturières d'orner ces ceintures simples ou orthopédiques de façon à pouvoir leur conserver le nom de corset. »
Aventure et voyage

Le travestissement est toléré s’il s’agit d’un déguisement occasionnel destiné à protéger une femme dans l’espace public. Les voyageuses y ont souvent recours. Parmi les plus célèbres : Jane Dieulafoy (1851-1916), Alexandra David-Néel (1868-1969), Isabelle Eberhardt (1877-1904).



Portrait de Jane Dieulafoy, chez elle, rue Chardin à Passy, anonyme, vers 1900, photographie noir et blanc, © Hachette.

En Perse

Issue de la bourgeoisie toulousaine, Jane est le « garçon manqué » dans une famille de 5 filles. Elle se marie à 19 ans avec Marcel Dieulafoy, un jeune polytechnicien fasciné par l'Orient. Ils n'auront pas d'enfants.

En 1870, alors que son mari est capitaine, elle est franc-tireur dans l'armée de la Loire : elle revêt alors l'habit masculin. En Perse, où elle découvre avec l'équipe de son mari la frise des lions et des archers de la garde de Darius, elle s'habille toujours en homme.

Revenue à Paris en 1886, elle ne quitte plus son « pantalon de toile fine à la coupe impeccable, une chemise de percale blanche, agrémentée d'un mince cordon de cuir à nouer au col. » Elle devient alors journaliste et femme de lettres, publiant des romans historiques, puis psychologiques révélant des positions conservatrices. L'un de ses livres est tout de même consacré à l'histoire des travesties (indications bibliographiques[71])…

Au Tibet

Alexandra David-Néel est dès sa prime jeunesse farouchement indépendante et irrésistiblement attirée par les voyages, les découvertes et les lectures mystiques et philosophiques. Voyageuse et exploratrice, elle est fascinée par l'Himalaya où elle a passé de longues années. Elle traverse le Tibet à pied, en pèlerine mendiante, vêtue de la robe aurore, couleur du détachement, de la robe grenat, au Tibet, et aussi de haillons, son déguisement de mendiante. Elle parvient même à vivre deux mois dans la ville sainte et interdite, Lhassa. La « femme aux semelles de vent » s'impose comme une orientaliste respectée. A cent ans et demi, elle fait renouveler son passeport, toujours désireuse de repartir (indications bibliographiques[72]).

Au Maghreb

Isabelle Eberhardt ne pourrait pas découvrir le désert sans s'habiller en cavalier arabe. Son goût pour le travesti est antérieur à son départ pour le Maghreb : une photo la montre, adolescente, à Genève, habillée en marin. Souvent, l'habit d'homme protège de secrètes blessures (viols par inceste, notamment) (source[73]).

A vingt ans, elle quitte sa famille d'aristocrates russes exilés en Suisse pour l'autre rive de la Méditerranée. Elle adopte une identité masculine (Mahmoud Saadi), se convertit à l'islam, se marie à Slimène Ehni. Elle rencontre Liautey émerveillé par son caractère « réfractaire », explore les confins algéro-tunisiens, écrit articles et récits sur ses découvertes et meurt à 27 ans, noyée dans la crue d'un oued (indications bibliographiques[74]).

Sportives

Dans les difficultés de l’accès des femmes au sport, la question du costume n’est pas marginale. Pierre de Coubertin fustige la pratique pour les femmes, considérée comme une « exhibition » déplacée[75]. Les journalistes sont curieux des changements en cours.

A la Belle Epoque, dans la presse féminine – principalement dans Fémina – seulement 11 % des « sportswomen » représentées sont en pantalon, en bloomer ou en short. 14 % osent des robes ou jupes courtes (c’est-à-dire longues jusqu’aux genoux). Une très grosse majorité s’active en robes tombant jusqu’aux chevilles (source[76]). L’interdit très fort qui pèse sur le pantalon est d’abord levé par les escrimeuses, à partir de 1905, puis les alpinistes, en 1906 (source[77]).

Les costumes de sport féminins inspirent la mode des années 1920, ces costumes de tennis, de bain, de sport d’hiver sont eux mêmes en constante évolution. Le compromis féminin-masculin trouvé, par exemple, pour le tennis est adopté. En revanche, toujours dans les années 1920 le développement de l’athlétisme et du football féminins qui supposent le short provoquent des commentaires peu amènes.
Sarah Bernhardt, modèle de star au genre ambigu

Sarah Bernhardt (1844-1923), gloire du théâtre français, première femme professeure au Conservatoire d'art dramatique (déclamation), est un des symboles de l'émancipation féminine à la Belle Epoque.

Son premier rôle est en travesti (Les Enfants d'Edouard de Casimir Delavigne), son premier triomphe en 1869 aussi (Le Passant de François Coppée). L'actrice dit préférer Hamlet à Ophélia, et aimer la complexité des cerveaux d'hommes. Elle interprète aussi la plus célèbre travestie de l'histoire (Le Procès de Jeanne d'Arc, d'Emile Moreau et Jeanne d'Arc de Jules Barbier). Elle triomphe dans L'Aiglon en 1900 dans le rôle du jeune duc de Reischtadt à 56 ans…

Sa minceur, peu conforme aux canons de son époque, l'aide à accomplir ces performances d'actrice. Son style vestimentaire, à la ville, est très personnel. Elle se compose une silhouette élancée, avec un corsage ajusté, une jupe entravée qui s'élargit en traîne sur le sol, des gants longs, des cols montants. Des vêtements luxueux, avec de précieux bijoux, fabriquent son image de star.
Dans une photographie de Poirel conservée à la BNF, Sarah Bernhardt, encore jeune, porte un costume qui fait scandale. Il s'agit d'une invention « sarahbernhardtesque » (mot de Reynaldo Hahn[78], son ami). Elle pose dans son atelier du Bd de Clichy, dans un ensemble veste et pantalon en toile blanche, féminisé par une collerette de tulle, un jabot, des manchettes de dentelle, des souliers Louis XV. La rumeur court, dans la bonne société anglaise, qu'elle accepte de se montrer habillée en homme pour un shilling.

Alors, simple excentricité de star ? Sans doute pas. Elle est, comme beaucoup de ses contemporaines, attirée par le travesti. Par ses amis homosexuels, et surtout grâce à ses liaisons avec des femmes, elle recherche ce code qui permet d'exprimer sa différence. L'une de ses intimes est Louise Abbéma (1853-1926), peintre, qui représentera[79] leur couple embarqué sur le lac du bois de Boulogne, Louise Abbéma se tenant debout, en jaquette et gilet masculin.
Travesties du monde des lettres

Le costume masculin : révélateur de conditions de vie difficiles

L'adoption du costume masculin, comme l'usage fréquent de pseudonymes masculins, révèlent l'extrême difficulté, bien analysée par Christine Planté, de l'accès des femmes à l'activité littéraire[80]. Pourquoi cette masculinisation ? Elle peut exprimer une tendance virile, mais surtout, elle est socialement avantageuse si elle permet d'éviter les préjugés. La solution n'est pas idéale. L'époque est malveillante avec ces " femmes-auteurs ", ces " femmes-peintres ", de plus en plus nombreuses.

La motivation économique du travestissement n'est pas négligeable. pour des raisons financières que certaines femmes de lettres face à la quasi impossibilité d'exister en tant que femmes dans le monde littéraire adoptent un vêtement masculin. La plus célèbre d'entre elles, George Sand, décrit dans Histoire de ma vie[81] son extase lorsqu'elle peut enfin découvrir Paris débarrassée de sa robe traînante et de ses chaussures fines, bonnes à jeter après deux jours de marche. Sa famille ne l'empêche pas de s'habiller en jeune homme - sa mère avait fait de même à son âge -, ce qui lui permet de diminuer de moitié ses dépenses.

Marc de Montifaud

Marc de Montifaud (1850-1912) née Marie Amélie Chartroule à Paris, a d'abord travaillé dans une verrerie, en se faisant passer pour un homme, et a gardé l'habitude du pantalon[82]. Féministe (rédactrice à La Fronde), elle écrit des « romans passionnels illustrés » osés chez Offenstadt. Les yeux bleus et la blondeur de Marguerite Durand lui inspirent des poèmes, mais Marc de Montifaud est mariée, mère de famille, et plait aux hommes qui la trouvent, tel Jean-Joseph-Renaud (dans un article de 1899) « si femme et femme exquise sous le frac continuel ». Est-elle inquiétée par les autorités ? En 1882, la presse la dit « menacée dans ses habitudes » par la préfecture de police qui prévient que les contrevenantes au règlement de 1800 seront déférées au tribunal de simple police.

Rachilde

Jeune fille indépendante et pauvre, Rachilde (de son vrai nom Marguerite Emery, 1860-1953), futur « monstre sacré » du Mercure de France, goûte jeune à la liberté de circulation et de mœurs que procure le travesti. Elle en joue habilement, exploitant le scandale à des fins publicitaires. Elle en use aussi dans ses pièces de théâtre, particulièrement audacieuses (citons, parmi beaucoup d'autres, Monsieur Vénus, en 1889, jeu savant sur la dissociation sexe/genre). Sa réputation sulfureuse, finalement, ne lui nuit pas. Elle se tient à l'écart des engagements militants du moment, et se donne la peine, l'âge venu, de publier un essai autobiographique, Pourquoi je ne suis pas féministe (indication bibliographique[83]).



Mathilde de Morny, marquise de Belboeuf avec Colette, anonyme, date inconnue, photographie noir et blanc, © Roger-Viollet.

Colette

Colette (1873-1954), autre scandaleuse de la Belle Epoque, prend la pose sans compter : Willy son mentor la met en scène en Claudine, femme-enfant légèrement androgyne (indications bibliographiques[84]). Colette se lie ensuite à la marquise de Belbeuf (Mathilde de Morny).

Cette photographie date du temps de leur liaison, en mars 1910. « Elle avait, d'un homme, l'aisance, d'excellentes façons, la sobriété du geste, un viril équilibre du corps » (source[85]). Colette, en revanche, joue : « elles ne m'abusèrent pas longtemps, ces images photographiques où je porte col droit, régate, un petit veston sur une jupe plate, une cigarette fumante entre deux doigts ». S'habiller en homme est pour une femme une source de discrimination. Mathilde de Morny ne peut acheter une maison à son nom.

Scandale au Moulin Rouge

Mathilde de Morny (1861-1944) pratique, avec le travestissement, une manière d'être homosexuelle au grand jour (indication bibliographique[86]). Un privilège que lui confèrent sa naissance (elle est la fille du duc de Morny) et le contrat de liberté réciproque conclu avec son mari, le marquis de Belbeuf, l'un des hommes les plus riches de France, dont elle s'est séparée à 24 ans. Vivant selon son bon plaisir, elle se coupe les cheveux et s'habille chez des tailleurs londoniens. Ses domestiques l'appellent « monsieur le marquis », ses jeunes amies « oncle Max » et ses intimes « Missy ». Elle collectionne les conquêtes féminines, fréquente les grandes courtisanes : Eve Lavallière, Cléo de Mérode, Liane de Pougy, la Belle Otéro.

 La marquise de Belbeuf doit sa postérité à sa liaison avec Colette, liaison d'autant plus scandaleuse qu'elle n'est pas cachée. Elle est même mise en scène, en 1907, dans une pantomime, Rêve d'Egypte, au Moulin-Rouge, où la marquise, travestie en archéologue, ramène à la vie Colette-la momie grâce à un baiser. Dès le lendemain, le préfet Lépine en interdit toute nouvelle représentation et la presse se régale du scandale de la « dépravation parisienne ».
Représentations lesbophiles/phobes




Une tribade, dans Docteur Legludic, Notes et observations de médecine légale. Attentats aux mœurs, anonyme, 1896, dessin, © collection particulière.

L’hostilité au travestissement est à rapprocher de l’homophobie. Les travesties sont souvent soupçonnées d’être homosexuelles. Au tournant du XIXe et du XXe siècle, toute une littérature étale son obsession du saphisme, dépeint comme une perversion, motivé par la haine des hommes, associé à la stérilité et au déclin démographique, et d’autant plus menaçant qu’il s’affiche au grand jour dans la sphère publique.

L’image de la travestie est aussi celle, médicale, que diffusent les psychiatres élaborant la notion d’inversion sexuelle, qu’ils associent à l’adoption des apparences du sexe opposé.




Elle est très bien ! - et ce qu’elle est mâle !, L’Assiette au beurre, n° 568, anonyme, mars 1912, dessin, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

En 1912, ce dessin de L'Assiette au beurre montre aussi des lesbiennes au café. Une vingtaine d'années plus tôt, le dessinateur Jean-Louis Forain[87] montrait déjà des lesbiennes en veste et jupe, fréquenter un café de Montmartre, Au rat (dessin paru dans Le Courrier français, 14 décembre 1890).



Couverture de L’Assiette au beurre, « Les mesdam’messieurs », n° 568, Gils Garrine, mars 1912, papier imprimé, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Le pantalon au travail




Groupe de pécheuses d’huitres de Marennes, Le Chapus, Début du 20e siècle, carte postale, © collection Michel Toulet et Lefebvre.

Au XIXe siècle, les travailleuses en pantalon sont rares. Le spectacle pittoresque qu’elles offrent justifie des cartes postales : les pêcheuses d’huitres de Marennes ont droit à cette curiosité. Mais dans de nombreuses professions, le pantalon serait jugé inconvenant.



Des canons ! Des munitions ! (série n° 49, A. Noyer, n° 252), Xavier Sager, 1ère moitié du 20e siècle, carte postale, Amiens, Historial de la Grande Guerre, © Historial de la Grande Guerre.

L’attitude face au travail féminin change en temps de guerre. La sympathie succède à l’hostilité, le patriotisme justifie des accomodements avec les lois du genre. En 1914-1918, les « munitionnettes » inspirent de nombreux commentaires écrits ou imagés. Comment s’habillent-elles à l’usine ? En robe, découvrent-elles leurs jambes à mi-mollet (femme de droite) ? Ou bien adoptent-elles le pantalon ?

Ici, l’ouvrière au premier plan porte une combinaison pantalon ceinturée sous la poitrine, assortie à un chapeau, avec des bottines montantes à hauts talons. Rougissante, tête penchée, souriante, elle exhibe un obus phallique. Cette munitionnette est sortie de l’imagination polissonne de Xavier Sager (1870-1930) illustrateur prolifique de cartes postales (aujourd’hui appréciées des collectionneurs).




Ouvrières et leurs bébés dans une crèche annexée à une usine de guerre, L’Illustration, n° 3854, Whindam, janvier 1917, papier imprimé, 21,5 x 16 (cm), Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

En réalité, les pantalons ne semblent pas avoir été si nombreux dans les usines de guerre. Cette photographie, prise dans une pouponnière en 1917, atteste cependant son existence.
Prémisses de la garçonne : la Parisienne de Paul Poiret




Les culottes de la Parisienne, Ben, 1911, carte postale, Paris, Bibliothèque Marguerite Durand, © BMD.

Paul Poiret (1879-1944) le couturier le plus novateur de la Belle Epoque, s’est installé à son compte en 1904. Presque aussitôt, il déclare la « guerre » au corset et lance une silhouette nouvelle, en ligne droite, la taille remontée sous la poitrine (style Directoire), dans des tissus fins. Promus par les beaux dessins de Paul Iribe et Georges Lepape, les modèles de Poiret sont aussitôt adoptés par la mode parisienne[88]. Son goût marqué pour l’Orient inspire des pantalons bouffants recouverts d’une jupe courte et évasée portés par sa femme, lors de la soirée des « mille et une nuits » que le couturier organise en 1913. A Vienne, il fait scandale lors d’un voyage avec ses mannequins qui portent des jupes culottes. La police doit intervenir. La jupe-culotte se solde par un échec à la veille de la guerre mais le couturier reste persuadé qu’elle s’imposera tôt ou tard. Sans regrets pour le corset qui, écrit-il, « incarcérait » les femmes.

Paul Poiret est réputé être le « libérateur » des femmes, mais les véritables créatrices de la silhouette du XXe siècle sont des femmes : Chanel, Madeleine Vionnet. Et puis Paul Poiret est aussi l’inventeur de la « jupe entravée », effilée, serrée aux chevilles, obligeant à marcher à petits pas. Dans ses souvenirs, l’écrivain Maurice Sachs rapporte le malin plaisir qu’il a eu à suivre une femme portant ce genre de jupe, effrayée et incapable de courir… Féministe, Paul Poiret ? Pas vraiment, qu’on en juge par cet extrait de ses souvenirs, rappelant ses débuts dans sa propre boutique :

« C’était encore l’époque du corset. Je lui livrai la guerre. Le dernier représentant de ces appareils maudits s’appelait le Gache Sarraute. Certes, j’ai toujours connu les femmes encombrées de leurs avantages et soucieuses de les dissimuler ou de les répartir. Mais ce corset les classait en deux massifs distincts : d’un côté, le buste, la gorge, les seins, de l’autre, le train de derrière tout entier, de sorte que les femmes, divisées en deux lobes, avaient l’air de tirer une remorque. C’était presque un retour à la tournure. Comme toutes les grandes révolutions, celle-là s’était faite au nom de la Liberté, pour donner libre cours au jeu de l’estomac, qui pouvait se dilater sans mesure. Il occupait le dessous du lobe supérieur.

C’est encore au nom de la Liberté que je préconisai la chute du corset et l’adoption du soutien-gorge qui, depuis, a fait fortune. Oui, je libérais le buste, mais j’entravais les jambes. On se souvient des pleurs, des cris, des grincements de dents, que causa cet ukase de la mode. Les femmes se plaignaient de ne plus pouvoir marcher ni monter en voiture. Toutes leurs jérémiades plaidaient en faveur de mon innovation. Est-ce qu’on écoute encore leurs protestations ? N’ont-elles pas poussé les mêmes gémissements quand elles sont revenues à l’ampleur ? Leurs plaintes et bougonnements ont-ils jamais arrêté le mouvement de la mode, ou en ont-ils au contraire favorisé la publicité ?
Tout le monde porte la jupe étroite. » (source[89])
La mode androgyne

Jamais la mode féminine n’a eu une allure aussi androgyne. Les cheveux coupés courts, « à la garçonne », sont vite adoptés par la jeunesse. A eux seuls, ils marquent un changement d’époque, et une nouveauté absolue. Les hanches et les fesses sont effacées par la coupe droite des robes à taille basse. Le corset n’est plus là pour étrangler la taille et faire bondir les seins[90]. Les nouveaux dessous de la féminité sont légers, fluides, soyeux, simplifiés, et plus respectueux du corps. Les publicités montrent des petits soutiens-gorge qui tentent d’aplatir la poitrine et des gaines permettant de tenir les bas et d’amincir. La garçonne doit être mince[91]. Elle doit avoir une allure adolescente. Jeunesse et minceur deviennent des impératifs catégoriques. La maigreur des modèles vaut celle de nos modèles actuelles. Tout un marché s’ouvre pour obtenir le poids désiré. La chirurgie esthétique est en plein essor. Elle rectifie si nécessaire les seins, que l’on aime discrets dans les années 1920. Bien des auteurs, tel Clément Vautel, rapprochent cette mode du néo-malthusianisme[92] pratiqué à défaut d’être défendu par la population française de l’entre deux-guerres.



Couverture de Clément Vautel, Madame ne veut pas d’enfant (Albin Michel), anonyme, 1924, papier imprimé, © Albin Michel.

« Madame ne veut pas d’enfant » constate le journaliste, bien connu pour ses opinions antiféministes, car la grossesse déformerait son corps, son indépendance serait menacée… La garçonne ou l’ « égoïsme » de la femme « moderne ».

Si elle cède malgré tout au désir d’enfant, elle refuse d’allaiter, préférant le biberon, disent des journalistes qui voient là l’explication de la mode « garçonne » : les seins n’ont plus d’utilité. Tout ce qui pourrait rappeler corporellement la maternité est banni.

Le couple infertile montré du doigt par les conservateurs se veut égalitaire. L’illustration de couverture du roman de Clément Vautel est éloquente. Dans ce couple parfaitement gémellaire, on distingue à peine l’homme et la femme. Leur fusion est manifeste dans leur pose, la symétrie de leurs positions, le contact de leurs têtes et de leur cigarette, l’identité de leurs pyjamas rayés. Cette fusion abolit les sexes. Elle est androgyne.


[1] : Delphine Gardey, Ilana Löwy, L’Invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin, Paris, éd. Archives contemporaines, 2000 et Ilana Löwy et Hélène Rouch, La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture, Paris, L’Harmattan, Cahiers du genre, n° 34, 2003.
[2] : Tous les hommes portent le pantalon à quelques exceptions près, vestiges de l’ancien régime vestimentaire (le vêtement stolaire des gens de Justice et d’Eglise notamment).
[3] : Cf. Farid Chenoune, Des modes et des hommes. Deux siècles d’élégance masculine, Paris, Flammarion, 1993 et John Harvey, Des hommes en noir. Du costume masculin à travers les siècles, Paris, Abbeville, 1998.
[4] : Au XVIIIe siècle, les hommes du peuple ne portent pas la culotte, mais le pantalon. D’abord injure, l’expression « sans-culotte » est retournée dans un sens positif en 1792 par les républicains les plus ardents.Richard Wrigley, « The formation and Currency of a Vestimentary Stereotype : the Sans-culotte in Revolutionary France », Wendy Parkins ed., Dress, Gender, Citizenship. Fashioning the Body Politic, New York, Berg, 2002.
[5] : Cf. Philippe Perrot, Les Dessus et les dessous de la bourgeoisie. Une histoire du vêtement au XIXe siècle, Paris, Fayard, 1981.
[6] : Stephen Jay Gould, La mal-mesure de l’homme, Paris, Ramsay, 1983.
[7] : Ce squelette a été commenté par Evelyne Peyre, Joëlle Wiels, « De la ‘nature des femmes’ et de son incompatibilité avec l’exercice du pouvoir : le poids des discours scientifiques depuis le XVIIIe siècle », Eliane Viennot dir., La Démocratie ‘à la française’ ou les femmes indésirables, Université de Paris 7 / Denis Diderot, 1996, pp. 127-157, ainsi que par Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe, Paris, Gallimard, 1992, p. 191.
[8] : Le modèle du sexe unique qui existe depuis l’Antiquité n’a pas disparu au XVIIIe siècle. Le vagin est comme le pénis, interne, l’utérus comme le scrotum, les lèvres comme le prépuce, les ovaires comme les testicules, la semence est émise par les deux sexes, les règles trouvent même leur équivalent dans le flux hémorroïdal masculin ! Cf. Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992.
[9] : Cité par Evelyne Peyre, « De la nature des femmes… », article cité, p. 140.
[10] : Geneviève Fraisse, « Le genre humain et la femme chez J.-J. Virey », Claude Bénichou, Claude Blanckaert dir., Virey, naturaliste et anthropologue, Paris, J. Vrin, 1988, pp. 183-206.
[11] : Geneviève Fraisse analyse bien ce moment-clé, juste après la Révolution, dans Muse de la raison. La démocratie exclusive et la différence des sexes, Aix-en-Provence, Alinéa, 1989.
[12] : C’est toujours le cas aujourd’hui, voir les livres de référence sur ce sujet, depuis trente ans : Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles, Des femmes,1974 et Georges Falconnet, Nadine Lefaucheur, La Fabrication des mâles, Point-Seuil, 1975.
[13] : Martine Sonnet, L’Education des filles au temps des Lumières, Paris, Cerf, 1997.
[14] : Emile ou De l’éducation, rééd. Paris, Garnier Flammarion, 1966, p. 475.
[15] : Stéphane Audoin-Rouzeau, La Guerre des enfants 1914-1918, Paris, Armand Colin, 1993.
[16] : Doctoresse Pelletier, manuscrit, s.d., Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
[17] : Cf. Farid Chenoune, Les Dessous de la féminité. Un siècle de lingerie, Paris, Assouline, 1998.
[18] : Pierre Dufay, Le pantalon féminin. Un chapitre inédit de l’histoire du costume, Charles Carrington libraire-éditeur, 1906, p. 221 et Jacques Mauvain, Leurs pantalons. Comment elles les portent, 1ère éd. 1912, éd. revue et augmentée Paris, Jean Fort éditeur, 1923.
[19] : Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est le titre d’une comédie d’Alfred de Musset (1810-1857), qui a eu comme les autres pièces de Musset un grand succès. Son détournement sur cette carte postale égrillarde a l’intérêt de proverbialiser – et donc de légitimer - le message de l’auteur (anonyme).
[20] : Sur Violette Morris, nos informations sont tirées de la biographie de Raymond Ruffin, La diablesse. Violette Morris, Paris, Le Cherche Midi, 2004. Sur le procès, un dossier important de coupures de presse a été dépouillé (fonds Netter, BMD).
[21] : « Le pantalon de Mme Violette Morris devant les juges », Le Petit Journal, 27 février 1930.
[22] : L’Ami du peuple, 27 février 1930.
[23] : Raymond Ruffin, La diablesse. Violette Morris, Paris, Le Cherche Midi, 2004, p. 117.
[24] : Janine Mossuz-Lavau, Les Lois de l'amour, Les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991, p. 240.
[25] : Janine Mossuz-Lavau, Les Lois de l'amour, Les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991, p. 240.
[26] : Marie-Jo Bonnet constate pour sa part l’inefficacité de l’ordonnance de 1800 dans le contrôle de la sexualité féminine. La théorie médicale de l’homosexualité permettra, elle, une répression plus efficace (Les Relations amoureuses entre les femmes, Paris, Odile Jacob, 1995, p. 274).
[27] : Substantif et adjectif formés d’après le nom du philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844-1900) employé au début du XXe siècle pour se moquer de la femme nouvelle ayant des prétentions philosophiques et des ambitions (de toute nature) démesurées, désordonnées. La romancière féministe Daniel Lesueur (pseudonyme de Jeanne Lapauze), a publié sur ce sujet (dans L’Illustration en 1908 ; Nietzschéenne, Paris, Plon, 1931).
[28] : Nicole Edelman, Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France 1785-1914, Paris, Albin Michel, 1995.
[29] : Marie-Josèphe de Beauregard, Femmes de l’air. Chronique d’une conquête, Paris, France-Empire, 2000.
[30] : Pierre Lafitte, entrepreneur de presse à succès venu du journalisme sportif, fondateur de Fémina en 1901, lance Je sais tout en 1905 : « nouveautés, scientifiques et techniques, actualités mondiales et sports », son mensuel en papier glacé donne une grande place à la photo de reportage. Dès 1906, 200 000 exemplaires sont vendus. C’est une tribune intéressante pour un polémiste comme Clément Vautel.
[31] : Le Journal amusant est un journal de divertissement, créé en 1856, toujours là en 1914… Y collaborent des artistes de talent : Cham, Grévin, Robida, Daumier… Mars ne fait pas partie de cette élite.
[32] : Merci à Nicole Pellegrin pour ses commentaires. Sur la dispute voir Martine Ségalen, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Champs Flammarion, 1980, pp. 168-169.
[33] : Après sa mort, son souvenir sera cultivé dans un « musée de la femme à barbe ». Le journaliste Jean Nohain, amateur de bons mots et de pétomanie, racontera son histoire en 1969 dans La Vie exemplaire de la femme à barbe, aux éditions de la Jeune Parque. Cet ouvrage a été pillé pour alimenter le site http://perso.wanadoo.fr/les.barbus/fam1.htm
[34] : Le Fait divers, catalogue du musée des Arts et traditions populaires, 1982.
[35] : A la même époque, d’autres cartes postales montrent des femmes barbues : la mère Mardié d’Orléans, Mme Lestienne de Boulogne-sur-Mer.
[36] : Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boetsch, Eric Deroo, Sandrine Lemaire, Les zoos humains. De la vénus hottentote aux reality shows, La Découverte, 2002. Stéphane Pajot exploite le voyeurisme des lecteurs dans : De la femme à barbe à l’homme-canon. Phénomènes de cirque et de baraque foraine, Le Château d’Olonne, D’Orbestier, 2003.
[37] : Marina Warner, « Le vil et le vigoureux, la toison et le poil : des cheveux et de leur langage », Féminimasculin. Le sexe de l’art, Gallimard, Centre Pompidou, 1995, pp. 308-309. Voir aussi sur les saintes travesties de la fin du Moyen Âge l’article de Frédérique Villemur dans le numéro de n° 10 de Clio.
[38] : Cf. Dominique Godineau, « Beauté, respect et vertu : la séduction est-elle républicaine ? (1770-1794) », Cécile Dauphin, Arlette Farge dir., Séduction et sociétés. Approches historiques, Paris, Seuil, 2001, pp. 89-121.
[39] : D’après Nicole Pellegrin, Les Vêtements de la liberté, Aix-en-Provence, Aliéna, 1989, p. 183-184.
[40] : La diffusion des dessins de Beaumont dans Le Charivari est importante. Ce journal créé en 1832 par Charles Philipon a ouvert la presse au dessin, en faisant travailler les plus grands : Balzac, Grandville, Daumier, Gavarni… Il a connu la censure sous la monarchie de Juillet.
[41] : L’auteur, Edouard de Beaumont (1821-1888), est un jeune peintre, qui a débuté au Salon en 1838, a travaillé – ce qui se voit ici – l’aquarelle (il a fondé la société des aquarellistes). Il fera paraître en 1882 L’Epée et les femmes. Ses nombreuses collaborations au Charivari, aux Modes parisiennes, au Journal amusant, au Journal pour rire, à la Revue pittoresque en font un caricaturiste à l’œuvre considérable.
[42] : Jeune fille séduisante et facile, d’après le nom du quartier autour de N.D. de Lorette à Paris où elles étaient réputées dans les années 1840 être nombreuses.
[43] : Laura S. Strumingher, « The Vésuviennes : images of women warriors in 1848 and their significance for french history », History of European Ideas, vol. 8, n° 4-5, 1987, pp. 451-488.
[44] : Stéphane Audouin-Rouzeau, 1870. La France dans la guerre, Paris, Armand Colin, 1989.
[45] : L’Assiette au beurre est le journal satirique le plus célèbre de la Belle Epoque. De 1901 à 1912, 593 numéros de 16 pages et 7 hors série offrent 9 600 dessins de qualité, mélant art et satire, en couleurs pour la moitié d’entre eux, souvent en pleine page. L’orientation anarchisante plaît à la presse révolutionnaire. C’est un succès commercial : L’Assiette au beurre tire à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires.
[46] : Pour comprendre ce que ce moment représente pour les hommes du point de vue identitaire, psychologique, voir Odile Roynette, Bons pour le service. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Belin, 2000.
[47] : Jules Grandjouan (1875-1968) est un des piliers de L’Assiette au beurre : il fournit au journal 900 dessins, soit 10 % du total. Il est un des dessinateurs les plus engagés politiquement, dans les courants d’extrême gauche : la « guerre sociale » dans les années 1906, le parti communiste dans les années 1920. Son antimilitarisme lui vaut, en 1911, une condamnation à 18 mois de prison, qui le pousse à l’exil pendant un moment. Il est considéré comme le créateur de l’affiche politique illustrée.
[48] : Sur les Communardes, Carolyn Eichner, Surmonting barricades. Women and the Paris Commune, Indiana University Press, 2004.
[49] : Citée par Xavière Gauthier, « Louise Michel, femme de lettres » , Prénom : Louise nom : Michel 1830-1905, Montreuil, Musée de l’Histoire vivante, 2001, p. 9.
[50] : Bertrand Tillier, « Louise Michel ‘en ses images’ ? », Prénom : Louise nom : Michel 1830-1905, Montreuil, Musée de l’Histoire vivante, 2001, pp. 33-43.
[51] : Maïté Albistur, Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français, t. 2, Paris, Des femmes, 1977, qui s’appuient sur la thèse de Marguerite Thibert, Le Féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1850, thèse de Lettres, Paris, 1926.
[52] : Cf. Gayle V. Fischer, Pantaloons and power. Nineteenth-Century Dress Reform in the United States, Kent, Ohio, Kent University Press, 2001.
[53] : Selon Marguerite Durand, elle aurait écrit sous le pseudonyme de Jehan des Etrivières une biographie de Louise Michel dans Amazones du siècle, les gueulardes de Gambetta, 1882.
[54] : On pense à l’époque à l’incendie du bazar de la Charité à Paris : 120 femmes parmi les 125 victimes. L’enquête, en 1897, affirme que des témoins ont vu des hommes bousculer et même assommer des femmes pour s’échapper.
[55] : Robert A. Nye, Masculinity and Male Codes of Honor in Modern France, New York, Oxford, Oxford University Press, 1993.
[56] : A deux reprises, Labruyère s’est battu pour l’honneur de sa maîtresse et consoeur, Séverine qui s’estimait victime d’articles calomnieux. Séverine précisera que Labruyère était aussi visé par ces articles. Elle répliquera de manière agressive au reproche adressé par Astié de Valsayre (Cf. Evelyne Le Garrec, Séverine, une rebelle 1855-1929, Paris, Seuil, 1982, p. 100).
[57] : Cf. Hanna Hacker, « Affairs of State or the Body of Women Duellist. Elements for a history of provocation », L’Homme, 8 Jg/1, 1997, pp. 87-108.
[58] : « Recherches sur la dissolution des mœurs et sur les moyens d’y remédier », Congrès français et international du droit des femmes, Paris, Dentu, 1889, p. 196.
[59] : L’Homme-femme. Réponse à M. Henri d’Ideville, Paris, Michel Lévy frères, 1872. Page 91 : « Les féministes, passez-moi ce néologisme… ».
[60] : Karen Offen, « Sur l’origine des mots ‘féminisme’ et ‘féministe », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, vol. 34, n° 3, 1987, pp. 492-496.
[61] : Marguerite Durand (1864-1936) est devenue féministe en assistant au congrès de 1897. Peu après, elle lance le quotidien féministe La Fronde. Elle créera dans les années 1930 une bibliothèque de documentation sur les femmes à Paris qui porte son nom.
[62] : Cf. Laurence Klejman et Florence Rochefort, L’Egalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République, Paris, Presses de la FNSP / Des femmes, 1989.
[63] : Hubertine Auclert, “ La robe ”, Le Radical, 26 décembre 1899.
[64] : Cité (sans date) dans Claude Pasteur, Les Femmes à bicyclette à la Belle Epoque, Paris, France-Empire, 1986, p. 47.
[65] : Dans la revue La Bicylette, 1893, cité par Claude Pasteur, Les Femmes…, op. cit., p. 23.
[66] : Florence Rochefort, « La séduction résiste-t-elle au féminisme ? », Cécile Dauphin, Arlette Farge dir., Séduction et sociétés. Approches historiques, Paris, Seuil, 2001, pp. 214-243.
[67] : Sur l’histoire du corset : Leigh Summers, Bound to please. A history of Victorian Corset, Oxford, New York, Berg, 2001.
[68] : Félix Duquesnel, « Le chapitre des corsets », Le Petit Journal, 27 novembre 1899.
[69] : Dr F. Butin, Considérations hygiéniques sur le corset, Paris, Maloine, 1900, p. 44.
[70] : Voir Médecine moderne, 38 (sic) avril 1894, p. 537 où j’ai déjà noté l’utilité de la ceinture abdominale et conseillé de la substituer au corset. Madame Gache-Sarraute a eu, en 1896 (Tribune médicale), l’ingénieuse idée de faire un corset rationnel qui est une ceinture hypogastrique.
[71] : Eve et Jean Gran-Aymeric, Jane Dieulafoy, une vie d’homme, Paris, Perrin, 1991.
[72] : Alexandra David-Néel, Grand Tibet et Vaste Chine, Plon, 1994 (rassemble tous ses récits de voyage, parus entre 1933 et 1953 en un seul volume). La bibliographie sur Alexandra David Néel est abondante (voir par exemple Jean Chalon, Le lumineux destin d’Alexandra David Néel, Paris, Perrin, 1998), et les rééditions de ses publications sont nombreuses.
[73] : Isabelle Eberhardt-Mahmoud Saadi, en couverture de Isabelle Eberhardt, Ecrits intimes, Payot, 1991, édition établie et présentée par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu.
[74] : Les publications sur Isabelle Eberhardt sont trop nombreuses pour être toutes citées. Ses lettres, notes de route, son journal ainsi que ses récits ont été réédités chez Joëlle Losfeld et chez Actes Sud. Edmonde Charles-Roux a beaucoup contribué à la redécouverte de ce personnage.
[75] : Pierre Arnaud, Thierry Terret dir., Histoire du sport féminin, 2 t., Paris, L’Harmattan, 1996.
[76] : Ce comptage a été fait par Sandrine Jamain, Le vêtement sportif des femmes (fin XIXe-années 1960), DEA Sport et performance, Université de Lyon I, 2003.
[77] : Cf la thèse de 2004 sur Les femmes alpinistes au Club alpin français (1874-1919), Université de Savoie.
[78] : Reynaldo Hahn (1875-1947) pianiste, auteur d’opérettes et de chansons, rencontra Sarah en 1896 alors que prenait fin sa liaison avec Proust.
[79] : Ce tableau est reproduit p. 104 du catalogue de la BNF déjà cité. Cf. Olivia Droin, Louise Abbéma, DEA d’histoire de l’art, Université de Paris I, 1993.
[80] : Christine Planté, La Petite sœur de Balzac, Paris, Seuil, 1989.
[81] : George Sand, Histoire de ma vie, rééd. Stock, 1985, pp. 280-283.
[82] : Cf. Laurence Brogniez, “ Marc de Montifaud. Une femme en procès avec son siècle ”, Sextant, Bruxelles, ULB, n° 6, 1996, pp. 55-80.
[83] : Régina Bollhalder Mayer, Eros décadent : sexe et identité chez Rachilde, Paris, Honoré Champion, 2002.
[84] : Sur Colette, les publications sont innombrables. Lire, par exemple, Julia Kristeva, Le génie féminin : Colette, Paris, L’Aube, 2004.
[85] : Colette, Le pur et l’impur, rééd. Hachette / Le livre de poche, 1971, p. 76-77 puis 73. Ce bref volume, à la fois essai et souvenirs, a d’abord paru en 1932 sous le titre Ces plaisirs.
[86] : Claude Francis, Fernande Gontier, Mathilde de Morny, Perrin, 2000.
[87] : Jean-Louis Forain (1852-1931) est peintre (il a étudié aux Beaux Arts) et dessinateur satirique (pour Le Monde Parisien, Le Rire satirique et d’autres journaux) ; il dépeint le monde du théâtre et des cafés.
[88] : Yvonne Deslandres, Florence Müller, Histoire de la mode au XXe siècle, Paris, Somogy, 1986.
[89] : Paul Poiret, En habillant l’époque, Paris, Grasset, 1930, pp. 52-53.
[90] : Cf. Marilyn Yalom, A History of the Breast, New York, Knopf, 1997.
[91] : Cf. Claude Fischler, L’Homnivore, Paris, Odile Jacob, rééd. 2001 où ce sociologue de l’alimentation fait le lien entre l’impératif de la minceur pour les femmes du XXe siècle et la modernité.
[92] : Doctrine et mouvement militant constitué à la fin du XIXe siècle. Son seul rapport avec Malthus est le constat d'une surpopulation qu'il faudrait endiguer par la limitation des naissances. Le mouvement défend, parfois avec des accents féministes, le droit à la contraception et à l'avortement et plaide pour la "libération sexuelle".

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